Vie et aventures de Nicolas Nickleby - Tome I

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Auteur: Charles Dickens

Vie et aventures de Nicolas Nickleby - Tome I
éclats de voix rauques, qui s’exercent à
vocaliser, usurpent le silence du soir, et les vapeurs d’un tabac
exquis parfument les airs. Là, cigares et tabatières, flûtes et
clarinettes, basses et violons se partagent l’empire de ce petit
royaume. C’est le pays des chants et du tabac. Les orchestres
ambulants se sentent là sur leur théâtre, et les chanteurs des
rues, en pénétrant dans son enceinte, font vibrer des accents plus
vigoureux et des cadences plus sonores.
    Il semble au premier abord que ce n’était pas
précisément là un quartier propice aux affaires. Toutefois, depuis
plusieurs années que M. Ralph Nickleby s’y était fixé, il ne
s’en était jamais plaint. Il ne connaissait personne à la ronde,
comme il n’était connu de personne, quoiqu’il eût la réputation
d’un homme immensément riche. Les marchands supposaient que c’était
un homme de loi, et les autres voisins pensaient plutôt qu’il
tenait une agence générale. Ce n’était pas de part et d’autre plus
mal deviné qu’on ne fait d’ordinaire quand on s’occupe des affaires
d’autrui.
    M. Ralph Nickleby était assis un matin
dans son cabinet particulier, tout prêt à sortir. Il portait un
spencer vert-bouteille par-dessus un habit bleu : un gilet
blanc, un pantalon gris mélangé, enfoncé dans des bottes à la
Wellington. Le bout d’un jabot sur une chemise à petits plis,
impatient de se montrer à son avantage, faisait tout ce qu’il
pouvait pour se dégager de la prison où il étouffait, entre le
menton du personnage et le bouton d’en haut, qui fermait son
spencer. Ce pardessus, autrefois à la mode, ne descendait pas assez
par devant pour masquer une longue chaîne de montre en or, composée
d’une série d’anneaux unis, dont le premier partait d’une montre
d’or à répétition placée dans le gousset de M. Nickleby, et
dont le dernier était orné de deux petites clefs, l’une appartenant
à la montre même, et l’autre à quelque cadenas de sûreté. Il avait
sur la tête une légère pointe de poudre destinée sans doute à lui
donner un air bienveillant, mais, si tel était son but, il aurait
peut-être mieux fait, pendant qu’il y était, de poudrer aussi sa
figure, car il y avait dans ses rides mêmes, et dans son œil glacé,
qui n’était jamais en repos, quelque chose qui trahissait un esprit
rusé en dépit de ses efforts pour le dissimuler. Bref, quoiqu’il en
soit, M. Ralph était donc là dans son cabinet, tout seul, et
par conséquent ni sa poudre, ni ses rides, ni ses yeux, ne
produisaient le moindre effet, ni bon ni mauvais, sur personne, et
n’ont jusqu’à présent rien à faire avec nous.
    M. Nickleby ferma un livre de compte qui
était ouvert devant lui sur son bureau, puis, se rejetant en
arrière dans son fauteuil, il porta d’un air distrait les yeux à
travers les vitres poudreuses de sa fenêtre. Il y a à Londres des
maisons qui ont sur le derrière un petit bout de terrain

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