Une Vengeance Anglaise

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Auteur: Pierre Zaccone
impressions dont elle s’exagérait elle-même la portée, et il lui arriva fréquemment, dans ses inspirations extravagantes, de se prendre pour une de ces individualités impossibles, que les poètes créent parfois dans le but de faire pièce à la réalité. Miss Ophélia avait alors vingt-quatre ans.
    Quant à Lucy, elle en comptait dix-sept à peine, et c’était bien la plus charmante enfant que le regard d’un homme eût jamais contemplée : elle avait de beaux cheveux châtains qui encadraient harmonieusement le pur ovale de son visage, des dents d’un émail éblouissant, des yeux bleus tout animés de curiosité naïve, on eût dit que la nature avait mis une sorte de coquetterie à former ce ravissant chef-d’œuvre, de grâce et d’élégance. Sa taille était souple et ronde, ses deux mains délicates et fines, et son pied, bien attaché, eût chaussé le soulier d’un enfant. De toutes ces perfections. Lucy ne tirait pas vanité. Elle savait bien qu’elle était jolie, cependant, mille regards le lui avaient dit déjà, et ne l’eût-elle pas appris de la sorte qu’elle l’eût deviné, grâce à cet admirable instinct que Dieu a mis au cœur de la jeune fille. Elle ne connaissait ni Walter Scott, ni Byron, encore moins Milton et Shakespeare, mais sous le voile transparent et chaste de son ignorance, il y avait dans son cœur plus de poésie que dans aucun poème humain.
    Le salon de M. Bonnington se trouvait donc, ce soir-là, rempli d’un choix d’amis intimes, parmi lesquels on distinguait quelques gentlemen appartenant pour la plupart au haut commerce de Londres. Ce n’était d’ailleurs qu’un
petit comité,
comme disait miss Ophélia, et la réunion ne devait pas se prolonger fort avant dans la soirée.
    Depuis quelques semaines, miss Ophélia semblait avoir abandonné les hauteurs de la poésie romanesque qu’elle avait fréquentées si longtemps, et en renonçant à chercher son idéal dans les régions nébuleuses de ces rêves, elle avait fini par le rencontrer sur la terre.
    C’était un fort bel homme, ma foi, major au service de la compagnie des Indes, et qui venait d’arriver directement de Calcutta. Miss Ophélia s’était éprise assez rapidement de son teint hâlé, de ses belles dents blanches, et de son uniforme resplendissant. Le major Turner possédait au surplus toutes les qualités qui ont le privilège d’attirer l’attention des femmes de l’âge d’Ophélia ; il était froid, se mettait avec un goût exquis, parlait de l’Inde dans une langue étrange, et savait commander l’intérêt sans jamais imposer sa personnalité. Le major était pour ainsi dire le lion de la saison ; et soit que la fortune d’Ophélia l’eût séduit, soit qu’il aimât les femmes longues et sèches, toujours est-il qu’il fréquentait assidûment la maison Bonnington et C ie et que le bruit de son mariage avait déjà couru par le monde.
    On causait au milieu du salon et autour de la cheminée ;

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