Une nichée de gentilshommes

Lire ebook Une nichée de gentilshommes
AVERTISSEMENT DES TRADUCTEURS
    L e nom de Tourguenef est depuis longtemps connu en France. Plusieurs de ses écrits ont été traduits dans notre langue, insérés dans les revues et y ont obtenu un succès légitime. Le roman que nous offrons au public est à la fois l’œuvre la plus considérable et la plus distinguée de l’auteur. C’est une peinture attachante, toujours aimable, mais toujours malicieuse, des mœurs de la province en Russie. Lorsqu’il parut à la fin de 1858 à Saint-Pétersbourg, ce fut un véritable événement littéraire. Traduit par nous en français, et inséré en 1859 dans la
Revue Contemporaine,
il y conquit la faveur d’un public d’élite. C’est cette traduction que nous donnons aujourd’hui.
    Comme il s’agit surtout, dans ce livre, de traits de mœurs locales et de détails originaux, nous avons suivi le texte avec une scrupuleuse exactitude. Nous n’avons pas même hésité à reproduire les doubles noms dans leur forme russe, bien qu’il dût, au premier abord, en résulter quelque fatigue pour le lecteur. Rarement en russe on désigne une personne par son nom de famille ou par son simple prénom. On ajoute toujours au prénom le nom du père avec une désinence qui veut dire « fils de. » Ainsi l’on dit :
Ivan Petrowitch,
Jean fils de Pierre, –
Maria
Dmi
triévna,
Marie fille de Dmitri, –
Varvara Pavlowna,
Barbe fille de Paul, –
Vladimir Nicolaewitch,
Vladimir fils de Nicolas. Nous aurions fait disparaître en partie la physionomie du livre si nous nous étions permis d’y introduire une forme plus française. Nous avons également écrit en russe les surnoms et nous sommes bornés à en donner le sens dans des notes. Les traduire eût été une grossièreté. Les noms russes ne sont d’ailleurs pas difficiles à prononcer, et ils ont une grâce particulière qu’on nous saura gré de leur avoir conservée.
    Malgré nos efforts, si cet ouvrage, qui brille dans l’original de tant de qualités diverses, n’obtenait pas ici l’accueil qu’il mérite, il faudrait s’en prendre uniquement à l’insuffisance de la traduction.
    Comte SOLLOHOUB et A. DE CALONNE.
    q

I
    C ’était au déclin d’une belle journée de printemps ; çà et là flottaient dans les hautes régions du ciel de petits nuages roses, qui semblaient se perdre dans la profondeur de l’azur plutôt que planer au-dessus de la terre.
    Devant la fenêtre ouverte d’une jolie maison située dans une des rues extérieures du chef-lieu du gouvernement d’O… (l’histoire se passe en 1842), étaient assises deux femmes, dont l’une pouvait avoir cinquante ans et l’autre soixante et dix. La première se nommait Maria Dmitriévna Kalitine. Son mari, ex-procureur du gouvernement, connu, dans son temps, pour un homme retors en affaires, caractère décidé et entreprenant, d’un naturel bilieux et entêté, était mort depuis dix ans. Il avait reçu une assez bonne éducation et fait ses études à

Lire des autres livres

At Bertram's Hotel
It was a well-known idiosyncrasy of his, and caused no particular notice except to give rise to the remark that “Father was on the prowl again.” His prowling led him at last to the room where Inspector Campbell was sitting behind a desk with a bored expression. Inspector Campbell was an ambitious y... Puis...
La Croix des Assassins
Un feu avait été allumé dans la cheminée. L’automne finissant était déjà rude. Certains tapaient des pieds pour se réchauffer, d’autres soufflaient dans leurs mains. Ils avaient été réveillés à la fin de la nuit et sommés de revêtir leur tenue de combat. Dans la salle, les rumeurs les plus folles co... Puis...
A Werewolf Among Us
St. Cyr was convinced, after watching them sift and analyze even the dust in Betty's room, that they were not going to turn up anything worthwhile. In the first five minutes of the investigation they had discovered four animal hairs alien to the human body—three of them in the bloody wound and one u... Puis...
. . Minuit, après une fraîche soirée de fin septembre où déjà un peu d’automne s’annonce. Du silence partout. Dans ma maison familiale paisiblement endormie, je reste seul éveillé, l’esprit en grand trouble d’anxiété et d’attente. Depuis tantôt deux heures, je me suis retiré chez moi, disant que j’a... Puis...
L'homme aux cercles bleus
Et la main de la dame arrive tout au bord du trait. S’il a tracé son cercle après l’avoir égorgée, la craie aurait peut-être dû laisser un sillon dans le sang. Et puis, si j’avais été l’assassin, j’aurais tourné autour de la victime pour tracer le cercle et je ne crois pas que j’aurais frôlé sa main... Puis...