Une Mort sans nom

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Une Mort sans nom
C’ÉTAIT LA NUIT D’AVANT NOEL
    Il avançait d’une démarche assurée dans l’épaisse couche de neige qui
recouvrait Central Park. Il était tard maintenant, mais il ne savait pas
exactement quelle heure.
    Les rochers du Ramble étaient noirs sous les étoiles, et parce que lui
était différent, il pouvait entendre et distinguer son propre souffle. Temple
Gault avait toujours été quelqu’un de magique, un dieu dans une enveloppe
humaine. Ainsi, par exemple, lui ne glissait pas dans la neige, alors qu’il
était convaincu que quiconque aurait glissé. De plus, il ignorait la peur. Ses
yeux protégés par la visière d’une casquette de base-ball scrutaient les
environs.
    A un endroit précis, et il savait exactement où il s’accroupit en
dégageant d’un geste la basque de son long manteau noir. Il déposa dans la neige
un vieux sac à dos militaire, étendit devant lui ses mains nues recouvertes de
sang et, bien qu’elles fussent froides, ce n’était pas insupportable. Gault
n’aimait pas les gants, sauf les gants de latex qui de toute façon n’étaient
pas chauds non plus. Il se lava les mains et le visage dans la neige molle, et
tassa celle-ci en une boule souillée de sang. Il la déposa à côté du sac à dos,
parce qu’il ne pouvait les abandonner ni l’un ni l’autre.
    Il eut un fin sourire. Il était comme un chien joyeux qui aurait creusé
des trous sur une plage, balayant la couche de neige, faisant disparaître les
empreintes de pas, cherchant la sortie de secours. Oui, elle se trouvait bien à
l’endroit prévu, et il gratta encore la neige jusqu’à retrouver le bout de
papier aluminium qu’il avait coincé entre le battant et le chambranle. Il
attrapa l’anneau qui servait de poignée et tira le vantail posé au sol. En
dessous s’étendait le ventre du métro, et il entendit le hurlement d’une rame.
Il laissa tomber le sac à dos et la boule de neige dans le puits. Ses bottes
résonnèrent sur les barreaux de métal de l’échelle lorsqu’il descendit.
     

1
    Cette veille de Noël était froide. La neige sale était traîtresse, et
la violence crachotait sur les scanners de la police. Il était assez exceptionnel
que l’on me conduise après la tombée de la nuit au milieu des zones en
réhabilitation de Richmond. D’habitude, c’était moi qui conduisais. D’habitude,
j’étais le pilote solitaire de la fourgonnette bleue de la morgue qui
m’emportait vers des scènes de morts violentes et inexplicables. Mais cette
nuit, j’étais la passagère d’une Crown Victoria. Par instants, des refrains de
Noël filtraient de la radio au milieu des échanges de flics qui se parlaient
par codes.
    — Le shérif Noël a pris à droite, là, dis-je en pointant dans
cette direction. Je me demande s’il ne s’est pas perdu ?
    Le capitaine Pete Marino, le commandant du district particulièrement
violent que nous traversions, répondit :
    — Ouais, ben moi je crois qu’il est défoncé. La

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