Souffle le vent

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Souffle le vent
1
    — Au secours ! Aidez-moi ! Est-ce que quelqu’un m’entend ?
    Les hurlements de Max déchirèrent l’air vierge de la montagne.
    La gorge et les poumons en feu, la fillette de onze ans courait aussi vite qu’elle le pouvait pour fuir l’École et ses horreurs, et malgré sa force physique, elle commençait déjà à fatiguer. Sa longue chevelure d’or flottait comme un élégant foulard de soie. Même avec des cernes mauves sous les yeux, c’était une jolie gamine.
    Elle entendait dans les bois les hommes lancés à sa poursuite, et elle savait qu’ils voulaient la tuer.
    Elle tourna la tête à droite en grimaçant de douleur, lança un regard par-dessus son épaule, se représenta l’image de son petit frère, Matthew. Où était-il ? Ils avaient tous deux pris la fuite en hurlant et s’étaient séparés une fois à l’extérieur.
    Matthew était peut-être déjà mort. Oncle Thomas l’avait sûrement eu. Il les avait trahis, et elle en était malade. Il fallait qu’elle pense à autre chose.
    Des larmes glissèrent le long de ses joues. Les chasseurs se rapprochaient. Elle sentait le sol vibrer sous leurs pas lourds.
    Telle une orange sanguine, un soleil palpitant sombrait derrière l’horizon. Bientôt, il ferait nuit noire et très froid dans les contreforts des Rocheuses. Max ne portait qu’un simple fourreau de coton blanc sans manches vaguement resserré au col et à la taille. Et elle n’avait, pour toutes chaussures, qu’une paire de ballerines aux semelles bien trop fines.
    « Avance ! » intima-t-elle a son corps meurtri et épuisé. Elle savait qu’elle pouvait courir plus vite encore.
    Le sentier sinueux rétrécit avant de se lover autour d’un gros épaulement rocheux vert de mousse. À grand-peine, luttant contre la végétation envahissante, la fillette tenta de poursuivre son chemin.
    Soudain, elle s’arrêta. Impossible d’aller plus loin.
    Au-dessus des taillis se dressait une imposante clôture haute d’au moins trois mètres et surmontée de plusieurs rouleaux de fil de fer barbelé.
    Sur une pancarte métallique, on pouvait lire : DANGER DE MORT ! CLURE ÉLECTRIQUE ! DANGER DE MORT !
    Max de pencha en avant et prit appui sur ses genoux. À bout de souffle, la respiration sifflante, elle luttait contre les larmes.
    Les chasseurs étaient sur le point de la rattraper. Elle entendait, flairait, sentait leur odieuse présence.
    Alors, d’un geste soudain, elle libéra ses ailes. Des ailes blanches qui s’achevaient sur une pointe argentée et donnaient l’impression d’être curieusement déboîtées. Comme si elles possédaient une vie propre, elles se déployèrent au-dessus de sa tête, éclipsant presque le soleil. Leur envergure atteignait les trois mètres.
    Max se mit à courir en battant furieusement des ailes. Ses petits pieds chaussés de ballerines décollèrent du sol caillouteux.
    Tel un oiseau, elle prit son envol et franchit la haute clôture hérissée de

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