Mémoires d'un enfant du rail

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Auteur: Vincenot, Henri

Mémoires d'un enfant du rail
Je me souviens très bien de ce dernier jour d’école d’un certain deuxième trimestre, je m’en souviendrai toute ma vie, parce que c’est une de ces journées très singulières qui me donnaient la sensation d’appartenir vraiment à une caste à part, une espèce de communauté qui, à bien y regarder, vivait en marge, absolument et voluptueusement séparée et au sein de laquelle il ne pouvait se passer que des choses prodigieuses.
    Nous sortions de l’école primaire, le cartable accroché en bandoulière à l’épaule gauche, cette épaule que nous avions tous, pour cette raison, un peu plus haute que l’autre. À vrai dire, aujourd’hui encore, lorsque je marche en tournant le dos au soleil et que je regarde mon ombre avancer devant moi, je m’aperçois que mon épaule gauche est encore légèrement plus haute que la droite et j’ai une pensée émue pour l’énorme cartable où je transportais les dix kilos de livres, de cahiers et d’accessoires qu’il était alors nécessaire de se coltiner quatre fois par jour, pour avoir l’honneur de préparer le certificat d’études.
    Ce jour-là, je rentrais donc à la maison en faisant, avec mes camarades, un petit crochet pour gagner le pont de l’Arquebuse, l’énorme pont métallique du chemin de fer où, d’en bas, nous regardions tous les jours, à travers les entretoises du tablier, les dessous mystérieux de la locomotive, cette « coupe-vent », une 130 C, qui, un peu avant 16 heures, venait se mettre en tête du 1009, le train d’Is-sur-Tille, qui quittait alors Dijon, nous le savions bien, à 16h08. Après avoir couru comme des dératés pour ne pas manquer le spectacle, nous nous arrêtions le nez en l’air et la bouche béante. Nous assistions en contre-plongée au refoulement du monstre, à son bruyant accouplement avec la rame immobile, ses halètements, ses harmonieux soupirs, ses lentes ardeurs. Ses geignements d’intense satisfaction nous plongeaient dans une troublante extase. En général, nous commentions en maîtres les phases de cet accouplement et c’était à qui donnerait le plus de détails techniques, le plus de termes de métier, le plus de savantes précisions sur cette 130 C cette locomotive « coupe-vent » dont mon grand-père avait tenu les commandes pendant plus de dix ans, ce qui me donnait voix au chapitre.
    Nous ne quittions notre poste d’observation que lorsque le convoi, démarrant majestueusement, avait franchi le carré de sortie et se lançait sur les aiguilles de ce raccordement parabolique qui, contournant la ville par le sud-est, l’emmenait vers la vallée de la Tille et les lointaines bifurcations de Culmont Chalindrey, les marches de l’Est, les pays rhénans, l’Allemagne, Bâle, la Suisse.
    Courant comme des fous, nous montions sur le Rempart de la Miséricorde pour voir, à travers la palissade de traverses, défiler le convoi. Alors, seulement lorsque nous avions vu s’effacer au loin la lanterne, nous

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