Même pas juif

Lire ebook Même pas juif
Auteur: Jerry Spinelli

Même pas juif
avait
    raison. Il y avait bien une vache. Et elle a brûlé comme une
    torche.
    Les gens se sont arrêtés, interloqués. Ils pensaient : « Mais
    qu’est-ce qu’il raconte ? Qu’est-ce que ça a à voir avec une râpe à
    légumes ? »
    Que m’importait, du moment que je parlais ?
    — Himmler ressemblait à mon oncle Shepsel. Mon oncle
    Shepsel ressemblait à une poule…
    — Vous voulez savoir quel goût a le rat ? Le rat a le goût de
    la souris…
    — Je vous préviens une dernière fois : n’arrachez pas les
    chevaux aux manèges…
    190

    Je leur ai tout raconté – sauf Janina. Tout ce que j’avais vu.
    Tout ce que j’étais. Les flâneurs du bord de mer venaient de
    gauche et de droite. Trois ou quatre se sont arrêtés pour
    m’écouter. Nombre de râpes miracle vendues : zéro. J’ai été viré
    le soir même.
    J’avais cependant appris quelque chose.
    Le lendemain, j’étais de retour sur la promenade. Ni
    concombres ni râpe à légumes, seulement moi, debout près de
    l’embarcadère, dégoisant comme une pipelette. Un beau jour,
    j’ai pris le bus pour Philadelphie. Afin de gagner de quoi dormir
    modestement dans des endroits modestes. J’ai distribué des
    prospectus. Ai balayé des stations-service. Ai écaillé des huîtres.
    Mais mon vrai métier, c’était de parler. Si vous avez arpenté les
    rues de Philadelphie à cette époque, vous m’avez sûrement
    croisé. Au coin de la 15e Rue et de Market Street. De Broad et
    Chestnut. Vous m’avez entendu, vous vous êtes retourné, et dès
    que vous vous êtes rendu compte que je racontais n’importe
    quoi, vous êtes reparti en marmonnant à votre ami : « Encore
    un neuneu ! »
    C’est à un carrefour que j’ai rencontré ma femme. Celui de
    la 13e et de Market Street. Par un jour froid de novembre. Elle
    s’est arrêtée, a écouté. C’était plutôt rare. Cinq minutes plus
    tard, elle n’avait pas bougé. Je n’avais jamais vu ça. Puis elle est
    partie, mais pour aussitôt rappliquer avec un sachet de
    châtaignes grillées qu’elle avait achetées à un vendeur
    ambulant. Elle m’en a offert une. Elle s’appelait Viviane.
    Elle est revenue tous les jours, restant chaque fois un peu
    plus longtemps, m’apportant des châtaignes chaudes. Elle m’a
    sorti de la rue, m’a entraîné déjeuner au café, me balader dans
    des jardins, jouer aux cartes dans son appartement du rez-de-
    chaussée.
    Je continuais à discourir, à raconter mes histoires. Viviane
    est devenue mon coin de rue. C’était une personne normale et
    sensée, même si je crois que, à l’époque, elle tournait foldingue.
    Mes mots l’ont peut-être éblouie. Elle m’a peut-être considéré
    comme un réfugié de guerre nécessiteux ou une exotique
    création de l’Histoire. Toujours est-il qu’un beau jour, tout à
    trac, elle m’a sorti :
    191

    — D’accord. J’accepte de t’épouser.
    Le lui avais-je seulement demandé ?
    Le mariage a duré cinq mois. Viviane a

Lire des autres livres

Le Voleur de Dieu
Herluin confia le coffre à la garde de Nicol. Bien que l’un des religieux de l’abbaye de Shrewsbury dût les accompagner, Herluin n’était pas fâché qu’un maître charpentier et deux maçons du Shropshire, en quête de travail, se joignent au convoi ; leur présence était rassurante. Sur la charrette le b... Puis...
La maladie de Sachs
Lê Al chimiste, traduction de Jean Orecchioni, édition illustrée par Moebius, 1995. Sur le bord de la rivière Piedra je me suis assise et jêai pleuré, traduction de Jean Orecchioni, 1995. Le Pèlerin de Compostelle, traduction de Françoise Marchand- Sauvagnargues, 1996. Le Pèlerin de Compostelle, tra... Puis...
Night Kills
par John Lutz
Renz said, in a voice that suggested a close relative had died. Quinn and Renz were in Renz’s office. Renz looked terrible in the harsh morning sunlight. His bloodhound eyes were encircled by saggy flesh that was even darker than usual. Before him on his desk lay this morning’s Times. Quinn thought... Puis...
Les couleurs de l'acier
C'était une partie de la ville qu'il fallait absolument visiter. L'endroit était dégagé, avec de larges rues, un des rares lieux dans la Cité où l'on pouvait contempler les bâtiments sans être gêné par des colonnes sans fin de chariots. En raison du faible trafic, il y régnait une atmosphère paisibl... Puis...
Episcopo et cie
Il descendait le fleuve calme, entre les barques d’Ortone ancrées à la file, tandis que les feux s’allumaient sur le rivage et que les matelots rentrés au port chantaient. Après avoir lentement franchi l’étroite embouchure, le bateau gagna l’Adriatique. Le temps était favorable. Dans un ciel d’octob... Puis...