Même pas juif

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Auteur: Jerry Spinelli

Même pas juif
suivant, à l’époque où je transbahutais
    des pierres pour le compte du fermier, les juifs s’étaient révoltés
    contre les Bottes Noires à l’aide de pistolets volés et de cocktails
    Molotov. Mais les Bottes Noires, avec leurs chars et leurs lance-
    flammes, étaient trop nombreux, et la révolte s’était achevée dès
    le mois de mai. Les gens avaient été conduits aux derniers
    trains. Le ghetto avait cessé d’exister.
    Debout dans le silence poussiéreux, j’ai enfin compris ce
    que Youri avait fait. Ce dont il m’avait sauvé. J’ai compris que le
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    Youri que je connaissais – le vrai Youri – n’était pas celui des
    nazis. J’ai souri au souvenir de lui, ce dernier jour, mais habillé
    de ses propres vêtements, montrant le poing aux tanks, plus
    rouquin que jamais, redevenu visible, attirant sur lui l’attention
    du monde entier.
    Après avoir quitté le ghetto qui n’existait plus, j’ai erré dans
    les mes de la ville. J’ai volé pour manger.
    Un jour, sur un trottoir surpeuplé, j’ai senti une bouffée de
    menthe. Je me suis arrêté net, ai regardé autour de moi, suis
    revenu sur mes pas en courant. Ai scruté les visages. Ai reniflé.
    Elle était bien là, la menthe. Un homme mâchouillait, des
    résidus verts sur les lèvres. Un homme maigre et nerveux. À la
    moustache blanchie. Aux yeux vides. Aux vêtements
    déguenillés. Aux pieds nus, si sales que j’ai d’abord pensé qu’il
    portait des chaussures ou des chaussettes. Disparu le gourdin.
    Disparue la panse.
    Je me suis planté devant lui. Il s’est arrêté.
    — Gros lard !
    Il n’a pas bougé la tête. A mollement baissé les yeux sur
    moi.
    — Gros lard ! ai-je répété en tirant sur ses hardes.
    Son regard était mort.
    — C’est moi, gros lard. Misha. Moi et Janina. Tu te
    rappelles ?
    Il n’a pas réagi. Je l’ai secoué.
    — Gros lard ! Buffo ! Tu me hais. Tu veux me tuer. Me voici.
    Tiens – saisissant sa paume, je l’ai posée sur mon crâne – tue-
    moi.
    Sa main a glissé, inerte, le long de son corps. Je lui ai lancé
    un coup de poing dans l’estomac.
    — Regarde, gros lard !
    J’ai tiré de ma poche quelque chose que j’avais gardé toutes
    ces années : le brassard, autrefois bleu et blanc, aujourd’hui
    presque noir. Je l’ai enfilé sur ma manche.
    — Regarde, gros lard ! Je suis juif. Tu dois me tuer.
    Regarde !
    Mais il ne regardait pas. Il a repris son chemin, m’a
    bousculé, m’envoyant presque valser par terre, s’est éloigné. Je
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    l’ai suivi des yeux jusqu’à ce qu’il disparaisse dans la foule.
    Ôtant le brassard, je l’ai laissé tomber sur le trottoir.

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    Le monde retrouvait sa normalité, mais moi, je n’avais pas de
    normalité à laquelle revenir. Ma normalité, c’était voler du pain
    et boire l’eau des fossés. Peu à peu, j’ai appris les fourchettes et
    l’argent, les brosses à dents et les toilettes.
    De retour à la campagne, j’ai fait ce que je

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