Marche ou Crève

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Auteur: Stephen King

Marche ou Crève
1.
     
    « Prononcez le mot secret et gagnez cent dollars. George,
qui sont nos premiers concurrents ? George ? Tu es là, George ? »
    Groucho MARX, You Bet Your Life.
     
    Une vieille Ford bleue se présenta ce matin-là au guichet du
parking, l’air d’un petit chien fatigué après une longue course. Un des gardiens,
un jeune homme sans expression portant uniforme kaki et ceinturon, demanda à
voir la carte d’identité en plastique bleu. Le garçon assis à l’arrière la
donna à sa mère, qui la remit au gardien. Celui-ci l’emporta vers un terminal
d’ordinateur qui avait l’air bizarre et déplacé dans ce cadre rural. Le
terminal avala la carte et écrivit sur son écran :
     
    GARRATY
RAYMOND DAVIS
    RTE 1
POWNAL MAINE
    CANTON
D’ANDROSGOGGIN
    N°
d’immat. 49-801-89
    O.K. –
O.K. – O.K.
     
    Le gardien appuya sur un bouton et tout disparut, laissant
l’écran lisse, vert et vide. Il leur fit signe d’avancer.
    — Ils ne rendent pas la carte ? demanda Mrs.
Garraty. Ils ne…
    — Non, maman, répondit patiemment Garraty.
    — Eh bien, je n’aime pas ça, remarqua-t-elle en allant
se garer dans un espace libre.
    Elle répétait cela depuis qu’ils étaient partis dans la
nuit, à 2 heures du matin. Ou plutôt, elle le gémissait.
    — Ne te fais pas de souci, dit-il sans même y prêter
attention.
    Il était occupé à tout observer et absorbé par ses propres
sentiments, d’attente et de peur. Il descendit avant même que la voiture eût
poussé son dernier soupir. C’était un grand garçon, bien charpenté, portant un
blouson militaire fané contre la fraîcheur de ce petit matin de printemps.
    Sa mère aussi était grande, mais trop maigre. Ses seins
étaient presque inexistants, deux petits renflements. Ses yeux papillotaient,
incertains, vaguement inquiets. Elle avait une figure de malade. Ses cheveux
gris fer s’étaient emmêlés sous la complexité des pinces qui auraient dû les maintenir
en place. Sa robe lui allait mal, pendait un peu, comme si elle avait récemment
beaucoup maigri.
    — Ray, chuchota-t-elle de cette voix de conspirateur
qu’il commençait à redouter. Ray, écoute…
    Il baissa la tête et fit mine de rentrer sa chemise dans son
pantalon. Un des gardiens avalait des rations C, à même la boîte, en
lisant des bandes dessinées. Garraty le regarda manger et lire et pour la dix
millième fois, pensa : Tout ça, c’est vrai . Maintenant, enfin, la
pensée se concrétisait.
    — Tu peux encore changer d’avis…
    La peur et l’impatience montèrent d’un cran.
    — Non, répondit-il. La date limite pour se raviser,
c’était hier.
    Toujours de la voix de conspirateur qu’il détestait, elle
insista :
    — Ils comprendraient. J’en suis sûre. Le commandant…
    — Le commandant me…, commença à répliquer Garraty et il
vit l’expression douloureuse de sa mère. Tu sais ce que ferait le commandant,
maman.
    Une autre voiture avait terminé le rituel du portail

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