L’HOMME QUI REVIENT DE LOIN

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Auteur: Gaston Leroux

L’HOMME QUI REVIENT DE LOIN
demi-heure, au moins !…
    Le front à la vitre, l’oreille tendue, le regard aigu, elle avait assisté, frissonnante, au lever de la pâle aurore d’un jour humide d’automne tout emmitouflé des buées matinales.
    Et, soudain, elle avait tressailli, car elle avait vu sortir de cette vapeur l’étrange figure, bien connue dans la contrée pour jeter le mauvais sort, du sourd-muet Prosper, un pauvre homme qui vivait en reclus dans la forêt, au fond d’un trou de grotte dont il avait fait sa demeure. Bancal, il se traînait sur des béquilles, faisant des kilomètres pour rencontrer quelqu’un qui ne s’enfuît pas à sa vue comme devant la peste et voulût bien lui abandonner quelque aumône. Il se risquait quelquefois jusqu’à Héron, jusqu’à la Roseraie, où la charité d’André et de Jacques lui permettait d’aller mendier aux cuisines.
    Bien qu’elle ne fût nullement superstitieuse, Fanny, ce matin-là, était dans un état d’esprit tel qu’il lui sembla que du bout de sa béquille qu’il agitait comme un possédé, Prosper lui envoyait du malheur.
    Et l’angoisse de la jeune femme n’aurait certainement fait que grandir si l’auto n’était enfin revenue, conduite par Jacques qui apercevait tout de suite Fanny derrière sa vitre, et lui envoyait des baisers.
    Il rentra l’auto lui-même dans le garage au-dessus duquel se trouvait justement leur appartement.
    Il avait sauté de la voiture, ouvert les portes du garage avec une ardeur juvénile, une sûreté de mouvements, une joie de vivre parfaite et, là-haut, Fanny s’était mise à rire ; à rire, à rire… comme tout à l’heure, elle avait tremblé de peur, sans savoir pourquoi… Peut-être tout simplement parce qu’elle avait remarqué qu’il y avait toujours sous la bâche, derrière l’auto, une grosse masse sombre et qu’elle avait pu craindre que ce fût toujours là la malle d’André et qu’André ne fût pas parti… imagination qui, évidemment, était bien faite pour lui secouer les nerfs…
    « Suis-je bête ! se disait-elle. Suis-je bête… Jacques aura rapporté quelque chose de Paris ?… »
    Cinq minutes plus tard, Jacques était dans ses bras.
    – Alors, ça y est !… Il est parti ?… Pour longtemps, dis ?… Raconte, petit chéri, raconte !…
    Mais Jacques n’avait rien à dire que ceci : André avait pris le train de Bordeaux et toutes les paroles qu’il avait prononcées durant le court voyage laissaient à entendre que son absence durerait au moins un an, deux ans, peut-être. Une active correspondance devait être échangée entre les deux frères.
    – Aussitôt arrivé en Amérique, il doit m’écrire longuement et, sans doute, alors consentira-t-il à nous expliquer sa conduite.
    Après quoi, Jacques avait déclaré qu’il mourait de faim, que la douleur de cette séparation l’avait sérieusement « creusé », et qu’il mangerait bien la moitié d’un poulet froid arrosé d’une bonne bouteille de

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