Les terres d'or

Lire ebook Les terres d'or
Chapitre  1
Deux solitaires
    B ien loin, bien loin de la civilisation, s’étendent à l’infini, dans les vastes Amériques, des plaines immenses entrecoupées de prairies plus immenses encore.
C’est, ou plutôt, ce fut le territoire indien.
    Ces terres d’or, convoitées par d’acharnés aventuriers, sont devenues la proie du premier occupant   ; elles ont été divisées, morcelées, mises en lambeaux par leurs insatiables hôtes   : la solitude a été mise au pillage   ; chacun a voulu avoir sa part à la curée.
    Arpenteurs, spéculateurs, locataires, fermiers, trafiquants, forestiers, chasseurs, et par-dessus tout chercheurs d’aventures, se sont abattus par légions sur le patrimoine Indien et s’en sont emparés violemment, par droit de conquête.
    Les enfants perdus de la civilisation se sont installés là comme chez eux, et bientôt les noms de Kansas, de Nebraska, sont devenus aussi familiers que ceux de New-York, Londres, ou Paris   : les Pawnies, les Ottawas, les Ottoes, les Kickappos, les Puncas, toutes les peuplades aborigènes ont disparu successivement comme des foyers éteints, refoulées par l’incessante et implacable pression des Faces-Pâles.
    Des ogres au désert   ; des oiseaux de proie   ; d’insolents usurpateurs   ; des voleurs sans retenue et sans conscience   ; les Blancs ont été tout cela et pis encore dans ce malheureux Nouveau-Monde qui aurait bien voulu rester toujours inconnu.
    Le grand et vieux fleuve qui descend des régions mystérieuses et inexplorées des montagnes Rocheuses a dû se plier au joug des envahisseurs   : ses flots majestueux, jusqu’alors purs et calmes comme l’azur des cieux, ont écumé sous les coups redoublés de la vapeur, se sont souillés des détritus d’usines, ont charrié des fardeaux, ont été réduits en esclavage.
    En même temps, des fermes, des parcs, des avenues, des villages, des villes, des palais ont surgi comme par enchantement sur les rives du vénérable cours d’eau. La solitude et son paisible silence, le désert et sa paix profonde, ont disparu. Væ victis   ! tel a été le premier et dernier mot de la civilisation.
    Et pourtant, elle était si grande cette belle nature, sortie des mains du Créateur comme un reflet de son immensité, qu’aux déserts absorbés ont succédé les déserts, et que les plus effrontés chercheurs en ignorent encore les bornes   !
    Parmi les plus aventureux pionniers de la Nebraska, se trouvait Thomas Newcome. Quoique venu du Connecticut, il était né Anglais, et s’il avait gagné le Far-West, c’était moins pour chercher la fortune, que pour satisfaire les caprices d’une imagination fantasque, désordonnée, ennemie de toute gêne.
    Son existence tenait du roman   ; – comme cela arrive beaucoup trop fréquemment pour l’ordre et le bonheur de la société – il avait été le héros d’une mésalliance qui avait fait grand bruit dans le monde londonien. À une époque où il était jardinier

Lire des autres livres

The Street Lawyer
While I was in Chicago Monday morning, Mordecai appeared before a judge in the D.C. Family Court and asked for a temporary trustee to serve as guardian of the estates of Lontae Burton and each of her children. It was a routine matter done in private. The Judge was an acquaintance of Mordecai’s. The... Puis...
Ce Nancy perpétue les sentiments, les manières d’être d’un monde où la plus extrême politesse fleurissait sur un fond sérieux jusqu’à la sévérité. Il y avait en haut une infinie délicatesse, une délicatesse à faire frémir, mais soutenue par des réserves magnifiques de santé et d’honnêteté. Toutes ce... Puis...
L'affaire de l'esclave Furcy
Elle prenait une tournure telle qu’il devenait dangereux de voir l’esclave accéder au tribunal. Desbassayns de Richemont avait d’abord envoyé deux lettres pour alerter le ministre de la Marine et des Colonies, le comte Mathieu de Molé qui venait d’être nommé depuis quelques semaines. Il ne reçut auc... Puis...
HUMILIÉS ET OFFENSÉS
sept heures précises, j’étais chez Masloboiev. Il me reçut à bras ouvert avec de grands cris. Bien entendu, il était à moitié ivre. Mais ce qui m’étonna surtout, ce furent les préparatifs extraordinaires qui avaient été faits pour moi. Visiblement, on m’attendait. Un beau samovar e... Puis...
Les prisonniers de Cabrera
J’ai assisté à la montée en puissance irrésistible de l’ancien mitron de la rue du Vertbois. Sur les pontons de Cadix, déjà, il était connu et réputé pour sa débrouillardise : il avait amassé quelque argent en blanchissant le linge des officiers de son bord. À Cabrera, misant sur la rareté de l’eau... Puis...