Les saints innocents

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Auteur: Sedley,Kate

Les saints innocents
son droit.
    De nouveau elle me régala de son sourire édenté, jouissant
manifestement de mon embarras.
    Avec force ricanements et coups de coude dans les côtes, mes
bourreaux se rapprochaient insidieusement de moi. Je me tortillais en essayant
de libérer mes mains de la corde qui liait mes poignets derrière mon dos mais
les liens serrés légèrement n’en étaient pas moins bien noués. Si je prends mes
jambes à mon cou, me dis-je, en plus d’enfreindre les règles et les traditions
de la Quasimodo, il me faudra abandonner ma balle et mon bâton qui pourront
être considérés comme le butin légitime des femmes.
    L’une d’elles, qui s’était tenue un peu en retrait des
autres et souriait sans partager leurs rires tonitruants, vint soudain à ma
rescousse. Elle s’avança entre moi et ses compagnes, les bras écartés pour me
protéger.
    — Allez ! Ça suffit ! protesta-t-elle en
riant. Réclamez un gage et laissez partir ce pauvre garçon ! Nous avons
bien ri. Maintenant, passons aux gages. Je pense qu’un baiser à chacune
pourrait faire l’affaire. Si vous êtes d’accord. Granny Praule, eu égard à
votre âge, vous passez la première.
    Il y eut bien quelques protestations : « Non,
Grizelda ! C’est de la triche ! », mais la plupart des filles
semblaient satisfaites de cette solution. Granny Praule pressa ses lèvres
sèches et flétries sur les miennes et, dans mon soulagement, je lui fis un gros
baiser bruyant qui provoqua un nouveau gloussement. Elle me tapa familièrement
le bras.
    — Sapristi ! s’écria-t-elle en esquissant une
gambade. T’es un bon garçon, colporteur. V’là bien trente ans qu’on m’a pas
baisée ainsi ! Tu me rappelles ma jeunesse, des souvenirs que j’croyais
oubliés. Du temps où j’étais jolie fille. Eh oui ! T’as peut-être bien du
mal à l’croire aujourd’hui mais les hommes me tournaient autour comme des
abeilles autour d’un pot de miel.
    Les autres femmes s’avancèrent l’une après l’autre pour
réclamer leur dû, dont certaines, fort effrontées, se tenaient très près de moi
quand elles posaient leur bouche sur la mienne. Ma bienfaitrice, celle qu’on
appelait Grizelda, vint la dernière. En la voyant de près, je me rendis compte
qu’elle était moins jeune que la plupart de ses camarades. Je lui donnai dans
les trente printemps ; c’était une belle femme, aux traits fermes et aux
yeux brun foncé. Elle avait aussi le teint hâlé ; s’il s’était agi d’un
homme, j’aurais été tenté de dire basané, mais sa peau était trop fine et
délicate pour cela. Sa carnation et ses prunelles me rappelaient celles de
Lillis et j’en conclus que ses cheveux, soigneusement dissimulés sous une
coiffe d’un blanc de neige et un capuchon de lin bleu, étaient sombres. Là
s’arrêtait la ressemblance. Au physique, Grizelda était plus grande et plus
solide que ma défunte femme. Elle était aussi, sans conteste, dans la force de
l’âge, telle

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