Les saints innocents

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Auteur: Sedley,Kate

Les saints innocents
CHAPITRE PREMIER
    Je les vis avant qu’ils ne me voient, si bien que j’eus le
temps de reculer dans l’ombre des arbres qui se pressent au ras de l’eau sur
les deux berges de la Harbourne. L’aube pointait à peine et, grâce à la brume
froide et grise, accrochée aux branchages emmêlés des aunes, des chênes, des
frênes et des hêtres, ma présence passa inaperçue des brigands qui
approchaient.
    Ils avançaient à la queue leu leu et leurs pieds
s’enfonçaient sans bruit dans le tapis épais des feuilles de l’an passé, à
présent détrempées par les premières pluies d’avril. Une fois pourtant, des
faines s’écrasèrent en crépitant et une branche craqua sous la semelle d’un
maladroit, aussitôt rappelé à l’ordre par le sifflement rageur d’un de ses
compagnons. À présent, je flairais l’odeur de leurs vêtements – mélange
déplaisant d’humidité, de sueur et de crasse – et me rencognai furtivement
au plus profond des buissons pour mettre un fourré de houx et de sureau
rabougri entre ma personne et ces individus prêts à tout. Un coup d’œil m’avait
suffi pour me convaincre qu’il s’agissait de hors-la-loi, de loups-garous qui
vivaient tapis de jour comme de nuit dans les forêts du Devon méridional.
    Quand leur chef passa à hauteur de ma cachette, un rai de
lumière perça les frondaisons saturées d’eau, éclairant un étroit visage de
fouine et un dos plié en deux sous le poids du sac que l’homme portait en
bandoulière. À en juger par le sang qui imbibait la toile grossière et
s’étalait en taches sombres, le butin de la nuit comportait visiblement des
animaux dérobés dans quelque ferme isolée. L’homme qui suivait traînait un sac
volumineux dont les saillies et les creux ne permettaient pas de supputer le
contenu. Le troisième brigand ne s’était pas donné la peine, ou n’avait pas eu
le temps, d’attacher solidement le haut de son sac qui béait, révélant un amas
de légumes pillés dans des potagers et des petites propriétés. Le quatrième
portait sous le bras une poule bien vivante et combative, dont il avait lié le
bec avec un chiffon répugnant pour étouffer ses caquètements hystériques. À ce
moment, la lumière baissa et le cortège de va-nu-pieds devint un défilé
d’ombres qui se succédaient le long du sentier creusé dans le sol par le
passage d’innombrables souliers. Je comptai dix hommes en tout, une bande de
coupe-jarrets qui devaient terroriser les districts autour de la commune de
Totnes. Qu’ils fussent des criminels et des malfaiteurs prêts à tout, la
vilaine collection de couteaux et de poignards passés dans leur ceinture
l’attestait. Tous, je l’aurais parié, étaient disposés à tuer tant pour le
plaisir que pour le gain, et ils auraient expédié sans scrupules de vie à
trépas n’importe quel malheureux qui se serait trouvé sur leur chemin. Quant à
moi, un colporteur chargé d’argent et de marchandises, si d’aventure

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