Les grandes espérances II

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Auteur: Charles Dickens
I

    Le matin, après avoir bien considéré
la chose, tout en m’habillant au Cochon bleu, je résolus
de dire à mon tuteur que je ne savais pas trop si Orlick était
bien le genre d’homme qui convenait pour remplir un poste de
confiance chez miss Havisham.
    « Sans doute, il n’est pas tout à
fait le genre d’homme qu’il faut, Pip, dit mon tuteur,
sachant d’avance à quoi s’en tenir sur son
compte ; parce que l’homme qui remplit un poste de
confiance n’est jamais le genre d’homme qu’il
faut. »
    Et il sembla ravi de trouver que ce poste en
particulier n’était pas tenu exceptionnellement par
quelqu’un du genre qu’il fallait, et il m’écouta
d’un air satisfait pendant que je lui racontais ce que je
savais d’Orlick.
    « Très bien, Pip, dit-il quand
j’eus fini, je passerai tout à l’heure pour
remercier notre ami. »
    Un peu alarmé par cette promptitude
d’action, j’opinai pour un peu de délai, et je ne
lui cachai même pas que notre ami lui-même serait
peut-être assez difficile à manier.
    « Oh ! allons donc ! dit mon
tuteur en laissant passer le bout de son mouchoir de poche avec une
entière confiance, je voudrais bien le voir discuter la chose
avec moi ! »
    Comme nous devions retourner ensemble à
Londres par la voiture de midi, et que j’avais déjeuné
avec une si grande appréhension de voir paraître
Pumblechook, que je pouvais à peine tenir ma tasse, cela me
fournit l’occasion de dire que j’avais besoin de marcher
et que j’irais en avant sur la route de Londres, pendant que
M. Jaggers irait à ses affaires, s’il voulait bien
prévenir le cocher que je reprendrais ma place quand la
voiture me rejoindrait. Je pus ainsi fuir le Cochon bleu aussitôt après déjeuner. En faisant un détour
d’un couple de milles, en pleine campagne, derrière la
propriété de Pumblechook, je retombai dans la grande
rue, un peu au-delà de ce traquenard, et je me sentis
comparativement en sûreté.
    Ce me fut un grand plaisir de me retrouver dans la
vieille et silencieuse ville, et il ne m’était pas trop
désagréable de me voir, par-ci par-là, reconnu
et lorgné. Un ou deux boutiquiers sortirent même de
leurs boutiques, et marchèrent un peu en avant de moi, dans la
rue, afin de pouvoir se retourner, comme s’ils avaient oublié
quelque chose, et se trouver face à face avec moi pour me
contempler. Dans ces occasions, je ne sais pas qui d’eux ou de
moi faisait le pire semblant : eux de ne pas me regarder, moi de
ne pas les voir ; toujours est-il que ma position me semblait
une position distinguée, et que je n’en étais pas
du tout mécontent, quand le sort jeta sur mon chemin ce
mécréant sans nom, le garçon du tailleur Trabb.
    En portant les yeux à une certaine distance
en avant, j’aperçus ce garçon, qui approchait en
se battant les flancs avec un grand sac bleu qui était vide.
Jugeant qu’un regard tranquille et indifférent, jeté
sur lui comme par hasard, était ce

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