Les Filles De Caleb

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s’assoyaient avec leur mère pour manger ce que les hommes avaient bien voulu leur laisser. Ce soir, il y avait de plus grandes quantités dans les plats. Le repas étant froid, les hommes avaient peu mangé. Caleb regardait toujours ses filles, étonné de voir que, contrairement à ses fils, elles se servaient de généreuses portions, apparemment insouciantes du fait que la nourriture fût presque immangeable, du moins à ce qu’il lui avait semblé. Elles commencèrent à parler de toutes leurs insignifiances, d’abord en chuchotant, puis osèrent quelques éclats de rire. Caleb eut le sentiment aigu qu’il venait de perdre une brindille de son autorité. Sans dire un mot, il sortit de la cuisine, enfila son capot de fourrure, laça ses mitons et remit ses caoutchoucs. Il n’avait qu’une envie : prendre l’air. Dès qu’il eut refermé la porte, un immense sentiment de soulagement envahit la cuisine. Seule Célina ne se détendit pas. Elle retenait encore les larmes qui lui brûlaient les paupières. Elle prit son avant-dernier par le chignon, le dévêtit et sans lui demander son avis, décida qu’il prendrait un bain même si on n’était pas le samedi. L’enfant se débattit mais quand il la vit verser l’eau chaude dans la cuve, il comprit que toute contestation serait vaine.
    «Vous autres, les filles, faites la vaisselle avant qu’on vous le demande. Les garçons, vos devoirs. En silence. Je veux pas en entendre un seul crier. Je veux pas entendre un mot. Pas un ! C’est clair ?»
    Les enfants s’émurent. Il n’était pas dans les habitudes de leur mère de lever le ton. Quelle soirée ! Aussi, dès que les filles eurent passé le torchon sur la table de bois, les garçons ouvrirent leurs livres sans regimber. Célina frotta les oreilles de son enfant avec un peu trop d’énergie. Il commença à chialer. Elle lui donna une taloche derrière la tête. Prenant conscience de son geste, elle éclata en sanglots. L’enfant, saisi, ne versa pas une larme. Les aînés levèrent les yeux mais s’abstinrent de commentaires. Bouleversés de voir leur mère pleurer et conscients de leur maladresse à la consoler, ils ne bronchèrent pas. Célina s’assécha les yeux avec un coin de son tablier et pour rassurer ses enfants, leur dit sans trop de conviction qu’elle s’était mis du savon dans l’œil. Personne ne fut dupe.
     
     
    Pour la première fois de sa vie, Emilie avait connu la peur. La peur d’elle-même, la peur de son père et surtout la peur d’être contrainte de quitter l’école. Cesser d’apprendre. L’horrible perspective de regarder partir ses frères et sœurs sans elle.
    Dès que son père eut fermé la porte de sa chambre, elle s’était plantée devant la fenêtre, refusant de s’étendre sur le lit. Depuis longtemps, elle avait compris que les larmes coulent beaucoup plus facilement lorsqu’on est allongé. Elle était restée debout devant la fenêtre et avait vu son père sortir de la

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