LE SIGNALEUR

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Auteur: Charles Dickens

LE SIGNALEUR
hésiter, mais il se leva. J'ouvris la porte et m'avançai au-dehors, tandis que lui-même se plaçait dans l'embrasure. On voyait le signal rouge avertisseur. On voyait l'orifice lugubre du tunnel. On voyait les grandes parois rocheuses et humides de la tranchée. On voyait les étoiles dans le ciel.
    – Le voyez-vous ? lui demandai-je en examinait très attentivement son visage.
    Il avait les yeux un peu exorbités et le regard tendu, mais sans doute pas tellement plus que moi, quand je m'étais d'abord tourné anxieusement de ce côté.
    – Non, répondit-il ; il n'est pas là.
    – D'accord, dis-je.
    Nous rentrâmes, je fermai la porte et nous nous rassîmes. Je me demandais comment tirer le meilleur parti possible de l'avantage que je venais de remporter, si c'en était un, quand il reprit la conversation sur un ton parfaitement naturel ; il n'avait pas l'air de penser que nous étions réellement en désaccord sur une question de fait, si bien que je me sentis placé dans une position extrêmement faible.
    – Maintenant, monsieur, vous devez avoir pleinement compris, dit-il, que ce qui me tourmente à ce point, c'est la question suivante : que me veut le spectre ?
    Je lui avouai alors que je n'étais pas sûr d'avoir parfaitement compris.
    – De quoi veut-il m'avertir ? reprit-il, les yeux fixés méditativement sur le feu, et ne regardant de mon côté que de temps à autre. Quel est le danger ? Où est le danger ? Un danger plane quelque part sur la ligne. Un terrible malheur est sur le point d'arriver. Je n'ai pas le droit d'en douter cette fois, après les deux aventures précédentes. Mais n'est-il pas horrible pour moi d'être hanté de la sorte ? Que puis-je faire ?
    Il sortit son mouchoir et s'épongea le front. Il était fiévreux.
    – Si j'envoyais un message d'alarme par le télégraphe d'un côté ou de l'autre, ou des deux côtés, je n'aurais aucune raison à donner, poursuivit-il, en s'essuyant les mains sur son mouchoir. Je m'attirerais des ennuis sans rendre aucun service. On me croirait fou. Voici comment cela se passerait : Premier message : « Attention !  Danger ! » Réponse : « Danger de quoi ? Et où ? » Deuxième message : « Je n'en sais rien, mais je vous en supplie, faites attention ! » On me mettrait à pied. Que pourrait-on faire d'autre ?
    Sa souffrance faisait peine à voir. C'était le tourment d'un esprit consciencieux, indiciblement torturé par une responsabilité incompréhensible concevant des vies humaines.
    – La première fois que je l'ai vu sous le signal avertisseur, continua-t-il après avoir rejeté ses cheveux noirs en arrière, et tout en se passant les mains sur le front à plusieurs reprises, dans un accès d'angoisse fiévreuse, pourquoi ne m'a-t-il pas dit où l'accident allait se produire, – s'il fallait vraiment qu'il se produisît ? Pourquoi ne m'a-t-il pas dit comment faire pour l'éviter, – si au contraire on pouvait l'éviter ? pourquoi, la

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