Le petit lord

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Chapitre  1
    C édric ne connaissait rien de son histoire. Quoiqu’il habitât New-York, il savait, parce que sa mère le lui avait dit, que son père était Anglais   ; mais quand le capitaine Errol était mort, Cédric était encore si petit qu’il ne se rappelait rien de lui, si ce n’est qu’il était grand, qu’il avait des yeux bleus, de longues moustaches, et qu’il n’y avait pas de plus grand bonheur au monde pour lui, petit garçon de quatre ou cinq ans, que de faire le tour de la chambre sur son épaule. Pendant la maladie de son père, on avait emmené Cédric, et quand il revint, tout était fini. M me Errol, qui avait été très malade aussi, commençait seulement à s’asseoir, vêtue de noir, dans son fauteuil près de la fenêtre. Elle était pâle, et toutes les fossettes avaient disparu de sa jolie figure. Ses grands yeux bruns se fixaient tristement dans le vide.
    « Chérie, dit Cédric, – son père l’avait toujours appelée ainsi, et l’enfant faisait de même, – Chérie, papa va-t-il mieux   ? »
    Il sentit les bras de sa mère trembler autour de son cou. Alors il tourna vers elle sa tête bouclée, et, la regardant en face, il se sentit prêt à pleurer.
    « Chérie, répéta-t-il, comment va papa   ? »
    Puis, tout à coup, son tendre petit cœur lui dit que ce qu’il avait de mieux à faire, c’était de grimper sur les genoux de sa maman, de lui jeter les bras autour du cou et de la baiser et baiser encore, et d’appuyer sa petite joue contre la sienne. Alors sa mère cacha sa figure dans la chevelure de son petit garçon et pleura amèrement en le tenant serré contre elle. Il semblait qu’elle ne pourrait jamais s’en séparer.
    « Il est bien maintenant, sanglota-t-elle enfin   ; il est bien, tout à fait bien   ; mais nous, nous n’avons plus que nous au monde   ; nous sommes tout l’un pour l’autre. »
    Alors, tout petit qu’il était, Cédric comprit que son papa, si grand, si beau, si fort, était parti pour toujours, qu’il ne le reverrait plus jamais, qu’il était mort, comme il avait entendu dire que d’autres personnes l’étaient, quoiqu’il ne pût comprendre exactement ce que ce mot voulait dire. Voyant que sa mère pleurait toujours quand il prononçait son nom, il prit secrètement la résolution de ne plus en parler si souvent. Il se dit aussi qu’il valait mieux ne pas la laisser s’asseoir, muette et immobile, devant le feu ou à la fenêtre, et que ce silence et cette immobilité ne lui valaient rien.
    Sa mère et lui connaissaient très peu de monde et menaient une vie très retirée   : M me Errol était orpheline et n’avait pas un seul parent quand le capitaine l’avait épousée. Le père de celui-ci, le comte de Dorincourt, était un vieux gentilhomme anglais, très riche et d’un caractère dur, qui détestait l’Amérique et les Américains.
    Il avait deux fils plus âgés que le capitaine, et, d’après la loi anglaise, l’aîné seul

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