Le Livre du grand secret

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Auteur: Serge Brussolo

Le Livre du grand secret
Serge Brussolo
    Le livre du grand secret
    Éditions J'ai lu
    Pendant le trajet en autocar, Purcell Forbes fit un rêve curieux, presque prémonitoire. Les éléments récurrents qui le charpentaient provenaient de la lecture en édition de poche d'un livre à succès écrit par son grand-père, Darian Forbes, à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Il y avait plus de dix ans qu'on ne trouvait plus les romans de Darian Forbes ailleurs que dans les bibliothèques publiques, et pourtant, dans cette gare routière minable, sur ce tourniquet garni de paperbacks brûlés par le soleil, un exemplaire d'Immersion périscopique, un texte jadis couronné par le Booker Price, se racornissait comme une momie de papier oubliée depuis le début des sixties. Purcell choisit d'y voir un signe du destin.
    Avant de grimper dans le Greyhound, il acheta donc au kiosque de San Pascualito le livre craquant, écaillé, dont l'illustration de couverture avait été mangée par la lumière au point de devenir indiscernable. L'ouvrage était si desséché que la reliure se cassa en deux quand il voulut en relire les premiers mots.
    Purcell avait vingt-cinq ans mais paraissait beaucoup plus âgé. Toute sa physionomie trahissait un état de délabrement avancé. Son corps maigre flottait dans des vêtements trop grands, et ses lunettes en cul de bouteille donnaient à penser qu'il souffrait d'un grave problème de vision.
    Avant de trouver un siège, il s'avança en tâtonnant dans la travée centrale de l'autocar. À le voir si malhabile, certains passagers crurent se trouver en présence d'un aveugle et esquissèrent un mouvement pour se porter à son secours. Une fois installé, Purcell ouvrit le livre, l'approchant très près de son visage, comme s'il étudiait les mouvements de parasites microscopiques se livrant bataille entre les molécules du papier. Les dames s'apitoyèrent, les messieurs haussèrent les épaules. Fallait-il être idiot, pensaient-ils, pour s'obstiner à lire un vieux bouquin tout décoloré alors qu'on était déjà plus myope qu'une taupe !
    La chaleur résultant de la climatisation défectueuse et les cahots de la route firent bientôt basculer le jeune homme dans la somnolence qui le conduisit dans l'une de ces errances oniriques dont il était coutumier et qui occupaient quatre-vingt-dix pour cent de son temps de sommeil (du moins en avait-il l'impression).
    Dans le rêve, il parcourait les États-Unis une valise de carton à la main, commis voyageur aux vêtements usés, au nœud de cravate un peu gras. Il marchait d'un pas bien rythmé sur une route interminable qui coupait le pays en deux, de l'Alaska à la frontière mexicaine. Ce qui était étrange, c'est qu'à chaque fois qu'il regardait par-dessus son épaule, il voyait effectivement l'Alaska - avec ses neiges, ses ours, ses loups, son sol que même le printemps ne parvient jamais à dégeler en profondeur - comme si cette terre désolée se trouvait à peine à une centaine de

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