Le Juge Ti à l'oeuvre (Partie 4)

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Le Juge Ti à l'oeuvre (Partie 4)
 
     
     
     
    À PEINE LE JUGE TI eut-il pénétré
dans la salle du restaurant, à l’étage, qu’il sut que le dîner ne serait pas
des plus réjouissant. Deux grands chandeliers d’argent éclairaient les beaux
meubles anciens, mais la vaste pièce n’était chauffée que par un seul brasero
où se consumaient de rares morceaux de charbon. Les rideaux matelassés ne
suffisaient pas à empêcher l’air froid de pénétrer dans la salle, comme pour
rappeler la présence des plaines enneigées qui s’étendaient sur des milles au-delà
de la frontière occidentale de l’Empire fleuri.
    Un homme était assis seul à la
table ronde : le vieux magistrat de ce district reculé, Ta-chi-kou. Les
deux jeunes femmes debout derrière sa chaise regardèrent le nouveau venu d’un
air morne.
    Le magistrat Kouang se leva
précipitamment pour accueillir le juge Ti.
    — Veuillez m’excuser pour
cette piètre réception ! dit-il avec un pâle sourire. J’avais invité
également deux colonels et deux maîtres de guilde, mais les premiers ont été
soudainement convoqués au quartier général du maréchal et les maîtres de guilde
par l’intendant général des armées. Cet état d’urgence… ajouta-t-il avec un
geste d’impatience.
    — Le principal est que je
puisse à présent profiter de votre précieuse conversation, répondit courtoisement
le juge Ti.
    Son hôte le conduisit à la table
et lui présenta les deux jeunes femmes, Rose-thé et Jasmin. Toutes deux étaient
vêtues de manière voyante et portaient des parures bon marché ; c’étaient
de vulgaires prostituées et non les courtisanes raffinées que l’on aurait été
en droit de s’attendre à trouver à un tel dîner. Mais le juge Ti savait que
toutes les courtisanes de Ta-chi-kou étaient réservées aux officiers gradés du
quartier général du maréchal. Après que Jasmin eut rempli de vin la coupe du juge,
le magistrat leva la sienne et déclara :
    — Soyez le bienvenu, Ti,
estimé collègue du district voisin et hôte honoré. Buvons à la victoire de
notre armée impériale !
    — À la victoire !
répéta le juge avant de vider sa coupe d’un trait.
    On entendit en provenance de la
rue le grondement des roues des charrettes sur le sol gelé.
    — Ce doit être les troupes
qui partent enfin lancer une contre-offensive, remarqua le juge avec
satisfaction.
    Kouang tendit l’oreille puis
secoua la tête d’un air affligé.
    — Non, répondit-il
sèchement, ils avancent trop lentement. Ceux-là reviennent du champ de
bataille.
    Le juge Ti se leva, tira le
rideau et ouvrit la fenêtre malgré le vent glacial. À la lueur inquiétante de
la lune, il découvrit une longue file de charrettes tirées par des chevaux
efflanqués. Elles étaient surchargées de soldats blessés et de corps recouverts
de grosse toile. Il referma hâtivement la fenêtre.
    — Dînons ! proposa
Kouang en désignant de ses baguettes les bols et les plats d’argent disposés
sur la

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