Le Grand Secret

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Auteur: René Barjavel

Le Grand Secret
comme Pasteur l’avait fait un siècle plus tôt. Les
merveilles et les horreurs qu’il découvrait chaque jour sous son microscope
l’avaient confirmé dans ses croyances, et aidé dans son chemin spirituel. Il
dit en anglais à Nehru :
    — Je te remercie d’être venu. Et je
te remercie d’être venu vite. Je ne crois pas qu’on nous écoute, ce téléphone
est coupé du standard, mes serviteurs veillent dans les jardins et ne laissent
approcher personne, j’ai pris les plus grandes précautions, mais j’en prendrai
une encore en abandonnant ce langage que tout le monde comprend…
    Et il cessa de parler en anglais pour
parler en sanskrit. Même en Inde, ceux qui savent lire la vieille langue sacrée
sont rares, et ceux qui savent la parler et l’entendre encore plus. Nehru était
de ceux-là. Pour exprimer certaines notions modernes, le vieil homme dut user
d’images et de circonlocutions, mais Nehru comprit parfaitement ce que Bahanba
avait à lui dire. Quand il ressortit, cinq heures plus tard, il s’arrêta au
milieu du couloir entre les deux statues des Dieux, s’inclina, mains jointes,
devant l’un puis devant l’autre, reprit la rose maintenant flétrie qu’il avait
déposée devant le Conservateur, et la coucha avec déférence devant le
Destructeur.
    L’homme que le Service secret anglais
avait mis aussitôt sur l’affaire connaissait le sanskrit, mais il ne put
arriver jusqu’aux laboratoires. Intercepté par les serviteurs, il fut reconduit
hors des grilles. La tâche de ceux qui font métier de découvrir les secrets
d’autrui n’est pas aussi facile qu’on pourrait le croire d’après certains
livres, ou le cinéma. Et, en 1955, les moyens d’écoute étaient aussi éloignés
de ce qu’ils sont aujourd’hui que le char à bœufs de la fusée Apollo. Personne
n’entendit ce qui fut dit ce jour-là en ce lieu. Les habitants de l’îlot 307
l’apprirent plus tard, et Jeanne Corbet l’apprit d’eux à son tour.

 
     
     
     
    ELLE se réveilla au milieu de la nuit.
Elle avait laissé une faible lampe allumée à l’autre bout de la chambre, juste
assez de lumière pour le voir dès qu’elle ouvrait les yeux. Elle le regarda. Il
dormait comme un enfant, sans bruit, détendu. Sa main droite tenait encore le
drap qu’il avait ramené jusqu’à son ventre, parce qu’il ne voulait pas qu’elle vit
son sexe quand il était au repos, il le trouvait ridicule. Sa poitrine était
large, lisse, sans un poil, avec des muscles plats modelés discrètement. En
décembre ils avaient pu passer ensemble quelques jours au Maroc. Ils n’étaient
presque pas sortis de l’hôtel, ne quittant le lit que pour la piscine ou la
terrasse. Ils ne voyaient rien d’autre, elle, que lui, et lui, qu’elle. Le
reste du monde n’était qu’un décor à peine discernable, une brume confortable
et exotique, une ouate parfumée dans laquelle ils blottissaient leur amour. Ils
en étaient revenus, elle avec un teint de cuivre

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