Le Général de pierre - Livre II - Deux-Rivières

Lire ebook Le Général de pierre - Livre II - Deux-Rivières
point qu’il pût planter quelques buissons toxiques dans les cours des écoles. Il n’en savait rien, mais il glisserait l’idée, car les accidents les plus savoureux demandaient toujours un peu de prévoyance.
    Il travailla longtemps, puis son estomac gargouilla. Il cessa à regret de piler finement ses graines de stramoine. Il soupira, se leva, corrigea sa tenue, et se rendit chez Madame Tête de Poulet. La vieille femme lui cria d’entrer, et il s’attarda dans le couloir pour tenter de deviner ce qui se préparait en cuisine. Il entra dans le salon, salua poliment son hôtesse, et se laissa caresser les cheveux, comme un brave petit.
    Il prit le livre posé sur le guéridon, et constata avec dépit que personne n’en avait avancé la lecture depuis qu’il l’avait reposé. Pas étonnant ! L’ouvrage était ennuyeux au possible, et il fallait vraiment risquer la mort d’inanition pour avoir la patience de le lire. D’une voix ferme et expressive, il commença la lecture, et évita de regarder la vieille femme dodeliner de la tête. Il détestait le bruit qu’elle faisait quand elle claquait des lèvres, et elle le faisait bien trop souvent à son goût ; mais il devait continuer. Il était précieux de sembler un pauvre imbécile réduit à divertir les vieilles aveugles pour survivre.
    Pendant qu’il parlait, il se demanda une fois de plus ce qu’il pourrait bien offrir d’affreux à Madame Tête de Poulet, mais il conclut, à regret, que ses employeurs étaient trop peu nombreux pour qu’il pût se permettre d’élaguer. Il lui fallait un revenu apparent pour pouvoir se livrer pleinement à sa tâche véritable ; et lecteur pour vieux débris à la vue basse était un travail qui en valait bien un autre. Au moins, il pouvait faire des grimaces pour se détendre.
    L’estomac plein, Sans Larmes prit congé de la vieille, et revint à sa mansarde. Il s’assit à son bureau, et continua à travailler tout en écoutant la concierge ragoter. Il avait dû user de discrétion pour installer le tuyau qui lui amenait si parfaitement cette voix hargneuse, mais cela valait sa peine. La brave femme, et toutes ses amies, étaient de précieuses indicatrices. Une ombre de bonheur ? Elles l’évaluaient. Un succès ? Elles le jalousaient. Une faille, une brèche dans la réputation de quelqu’un ? Elles s’y engouffraient. Il ne lui restait plus qu’à choisir quels aspects de la vie citadine méritaient le plus son attention.
    Il n’était pas question d’agir au hasard, car Monsieur Noir enseignait que l’effort n’avait pas à être galvaudé. Pourquoi se dépenser pour un résultat médiocre ? Mieux valait étudier les lieux, les méthodes, et appliquer ses forces là où elles feraient basculer la situation. Et Sans Larmes prenait un malin plaisir à faire enrager sa concierge en faisant évoluer les situations de manière imprévisible pour elle. Ses amies la raillaient, et elle tentait de reprendre l’avantage en

Lire des autres livres

Le Prince Blessé : Et Autres Nouvelles
L’aune de boudin gisait entre eux sur le sol battu de la chaumière. Le bûcheron, ahuri, se frottait le nez. Il sentait s’y balancer encore la lourde tripe. La bûcheronne tremblait de dépit. Elle se mit à pleurer. Tout ce qu’ils auraient pu obtenir, la richesse, la jeunesse, et la santé — une bonne s... Puis...
Motel 007
L’eau limpide du lac, qui descend du glacier, était sillonnée de voiliers et de skieurs nautiques, les plages publiques grouillaient de baigneurs bronzés et la triste Bahnhofplatz ainsi que la Bahnhosfstrasse qui fait l’orgueil de la ville retentissaient du vacarme d’une jeunesse en sac tyrolien, fé... Puis...
Credits œuvre du domaine public Edité sous la licence Creatives Commons BY-SA Cette œuvre est publiée sous la licence CC-BY-SA : vous pouvez donc légalement la copier, la redistribuer, l'envoyer à vos amis. Vous êtes d'ailleurs encouragé à le faire. Puis...
La brèche dans l'espace
C’est du moins la façon dont la machine linguistique du DT rendit son expression. C’était le mieux que pouvaient faire les circuits. Bill Smith, songea Sal Heim. Quel nom approprié lui a donné la machine ! Aussi américain qu’une tarte aux pommes ! Pour la dixième fois, il examina tristement sa montr... Puis...
Amaryllis
He undressed her slowly beside the fathomless green pool, peeling away blouse and slacks and layers of neat, serious underwear. Her skin glowed pale gold in the firelight that passed easily through the illusory stone walls of the cave. He cupped one graceful, elegant breast in his hand, marveling at... Puis...