Le Général de pierre - Livre I - Le Jardin

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Le Général de pierre - Livre I - Le Jardin
un long tunnel de verre qui enserrait son être. Oui, le Général détestait la latence, le délai entre la planification et l’action.
    Il resta un instant sous l’auvent de sa tente, écoutant la rumeur du camp, enviant ceux qui ronflaient. Il avança d’un pas, et observa le ciel. Il ricana intérieurement en se souvenant d’Akim, qui reprochait aux étoiles d’être muettes, distantes et glacées. Tiens donc ! Akim n’avait jamais croisé personne qui parlât à bon escient, fût proche sans être envahissant, et montrât des sentiments qui réchauffassent le cœur. Et il eût fallu que les étoiles, elles, réunissent ces qualités ? C’était amusant ! Voir l’univers comme suppléant à l’homme semblait au Général du dernier comique. Le vide comblant la nullité ? Hilarant.
    Akim… Akim qui soupirait après une présence aimante, de l’attention, des esprits stimulant le sien. Akim était resté longtemps à ses côtés, et le Général avait aimé le blesser de vérités cruelles ; mais Akim était mort. Le Général se souvenait du filet de sang presque invisible qui serpentait au coin de la bouche encore tiède du cadavre, et d’avoir songé que la mort foulait le monde d’un pas bien variable, laissant parfois moins de traces qu’une ballerine, et parfois plus qu’un taureau déchaîné. Akim semblait dormir, mais Akim était mort ; et, autour de lui, certains qui ressemblaient à l’étal d’un boucher agonisaient encore. Le Général avait haussé les épaules et continué son chemin parmi les corps, indifférent à tout sauf à lui-même, et à faire soigner ceux de ses officiers dont il aimait l’usage. Akim n’en faisait plus partie.
    Le Général soupira, et sa poitrine retomba comme si elle s’éboulait. Il se mit en marche, parcourant les ruelles entre les tentes de son pas silencieux. Ses hommes le saluaient, sans attendre de réponse, car leur maître parlait peu. Il donnait des ordres, des félicitations, et quelques récompenses, comme celle d’être soigné parmi les tout premiers. Il n’était pas pour eux une sorte d’ami, ni même un héros, mais une parfaite évidence, une force de la nature : tous, ils servaient la guerre, la puissance et la mort, et, comme cette dernière, le Général restait muet.
    Il s’arrêta à la vue d’un très jeune soldat accroupi hors d’une tente pour soulager ses intestins, l’esprit trop ensommeillé pour marcher jusqu’aux latrines. L’enfant leva vers lui un regard angoissé, qui se savait en tort ; le Général trouva que cette crainte infime et ridicule se mariait bien à la peur qui pâlissait le visage juvénile, la peur de la bataille qui viendrait avec l’aube. Il lui fit signe de continuer, avec une feinte bonhomie, et observa la courbe de ses fesses. L’enfant, gêné, gardait le regard fixé au sol, et se hâta de terminer. Il s’essuya, se redressa, et voulut se rhabiller, mais le Général lui fit signe de ne pas toucher à son

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