Le Général de pierre - Livre I - Le Jardin

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Le Général de pierre - Livre I - Le Jardin
belle, mais semblait soudain plus vivante.
    Vieux Saule était troublé. Heureusement, son estomac gargouilla, et le jeune homme sortit avec gentillesse les friandises qu’il avait apportées à son grand-père. Celui-ci sourit devant tant de sagesse : le petit savait si bien quelles faveurs son aïeul pouvait consentir à qui lui donnait son dessert… ou quelques cacahuètes.
    *
    Quand le soir tomba, Fier Bouleau aida Vieux Saule à rejoindre leur foyer. Comme toujours, le vieil homme s’arrêta, tourna la tête vers le jardin, et soupira. Comme toujours, son petit-fils rappela :
    – Allons, pépé, il nous faut bien rentrer.
    Le vieux lettré répondit, comme à chaque fois :
    – Rentrer ? ! Ce mot m’est bien amer ! C’est de descendre qu’il s’agit, descendre, en vérité, dans la médiocrité !
    Il posa sa vieille main sur celle de son petit-fils, et oublia le charme de la beauté du jardin pour la simple chaleur des cœurs. Il ne possédait certainement pas tout ce dont il eût jamais rêvé, mais il n’était pas démuni, et connaissait sa chance. Fier Bouleau valait mille fois plus que les trésors du monde, avec leurs sourires métalliques et leur âme vide et froide.

II – Le cœur de l’empire
     
    Il était mal assis, il était mal debout. Il croyait étouffer quand le rabat était clos, mais la vue de la nuit l’irritait également. La tente lui paraissait minuscule, même si elle était la plus vaste du campement, et l’obscurité au-dehors lui semblait… basse. Il ne pouvait pas le dire autrement, même si cela lui paraissait étrange. La danse irrégulière des torches dans le vent le fascinait un instant, puis son regard se détournait, et le pli de sa bouche se faisait plus amer encore. Il survolait d’un œil son équipement, mais sans pouvoir s’y attarder, car le fil de ses lames ne pouvait être plus aiguisé, le cuir plus souple, les longues dagues aiguës mieux équilibrées, le sourire ambigu de ses miséricordes, plus dérangeant pour le mort dont elles prendraient la vie. Il aimait les miséricordes, leur manière de se glisser dans les défauts de l’armure pour plonger dans un corps si ridiculement faible. Elles lui semblaient une réponse adéquate à l’existence et à ses failles.
    Il tournait le dos à la carte dépeignant les lieux de l’affrontement, qu’il connaissait par cœur, comme toujours. Rien ne lui semblait plus simple que de comprendre un paysage, un ciel menaçant, et l’âme d’un adversaire. Rien n’était plus facile que d’écraser les vies par milliers. Rien. Mais il détestait les quelques dernières heures avant la bataille, ces nuits interminables passées sans sommeil, où son esprit tournait en grondant de malaise. Ses tempes vibraient parfois d’un bourdonnement sourd, la pression étirait les soudures de son crâne, et il lui semblait être une vague immense s’arrachant à la terre pour dévorer les cieux, mais se retrouvant prise dans un vase exigu,

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