Le Général de pierre - Livre I - Le Jardin

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Le Général de pierre - Livre I - Le Jardin
les regardait avec bonheur. Elles étaient jeunes, mais également âgées, il le voyait bien à leur sagesse. La pierre n’avait pas figé l’image d’une beauté éphémère, mais d’une éternité de grâce et de plaisir. Il en soupirait d’envie. Quand il apercevait un humain, aussi jeune fût-il, il voyait déjà la mort, et la décrépitude. Mais dans ces traits souriants, il n’y avait rien de tel. Pour leur ôter la vie, il eût fallu le poison, la lame, le feu peut-être ; et surtout la haine, durable, impitoyable, aveugle à leur splendeur.
    Il avait fallu, corrigea-t-il, car il était seul dans le jardin. Seul, ridé, usé, affaibli dans son corps, sinon dans son esprit. Mais il lui restait l’essentiel : il s’émerveillait encore. Et le lieu était propice ! Tout courbé sur sa canne, mais le cœur grand ouvert, il le parcourut à petits pas.
    *
    Son petit-fils arriva :
    – Pépé, père voulait que je t’amène mes frères à garder. Il s’étonne que tu passes si peu de temps avec les enfants.
    – Avec les corps d’enfants, petit, avec les corps. Moi, j’aime les esprits des très anciens enfants, longuement maturés, qui ont accumulé des trésors de saveur, et qui jouent avec eux, en tissent des présents, et les offrent, radieux.
    Fier Bouleau sourit à son grand-père :
    – Cela laisse des traces, premier aux examens.
    – Surtout quand on ne s’efforce guère de changer.
    – Tant mieux. Qu’aurais-je fait d’un grand-père trop semblable à mon père ?
    Vieux Saule s’épanouit. Il savait que le jeune homme lui ressemblait, que les graines semées dans son esprit fleurissaient en teintes ravissantes, mais il était heureux que son petit-fils s’en réjouît également. Ils contemplèrent en silence le ballet des papillons, dont les ailes arboraient des couleurs qu’ils n’avaient vues nulle part ailleurs, même dans les boutiques des peintres. Fier Bouleau dit :
    – Peut-être sont-ils partis. Peut-être reviendront-ils.
    Vieux Saule ne put croire ses mots, mais tenta de se laisser porter par l’espoir qu’ils contenaient. Il le savait bien, lui, qu’ils n’étaient pas partis. Quelque chose dans les lieux évoquait la solitude, croissante et effrayante, la vie étirée sans personne à aimer, et la mort qui arrive, comme un point final. Il songea à la peur de ceux qui déclinent sans enfants, et tenta d’imaginer ce que ressent celui qui agonise en sachant qu’il ne reste personne qui lui ressemble. La mélancolie le submergea, et il soupira. Il était assez proche de ces êtres disparus pour apprécier leurs œuvres, et son petit-fils également. Il n’aurait pas dû être triste, car tout n’était pas mort, si leurs goûts perduraient. Mais son enfant chéri résuma le problème comme il passait la main sur le liseré de texte entourant une scène :
    – Qu’il est étrange de pouvoir suivre une écriture du doigt, se réjouir de ses formes, et n’en rien comprendre. Je

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