Le Général de pierre - Livre I - Le Jardin

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Le Général de pierre - Livre I - Le Jardin
glissait sous le doigt comme un cuir très fin. Il prit une pointe fine, et traça patiemment de minuscules caractères, car la vie qui ne se donnait pas de l’intérieur se dessinait de l’extérieur, avec minutie. Il plia le papier, prit de petits ciseaux, et découpa une farandole qui comptait un homme par entrepreneur à tuer. Il fignola les coiffes, les pans des robes, les rubans qui pendaient de la ceinture. Une toilette mortuaire, songea-t-il, amusé ; un linceul de papier.
    Il déboucha un petit pot de marbre noir, et y choisit un doigt coupé, un doigt à l’ongle large et plat. Il le tiédit entre ses mains, le regarda reprendre des couleurs, saisit une aiguille, et en perça la pulpe. Il plongea son pinceau dans le sang visqueux du mort, et dessina une bouche rouge à chaque personnage de la farandole, une petite bouche ronde et avide.
    Sur un cendrier de pierre gris foncé, il entrecroisa à plat quatre bâtonnets d’encens, et posa le doigt coupé sur le délicat entrelacs. Il alluma le tout, et la chair rougeoya soudainement, puis tomba en cendres. Les morts à la mort, songea l’exorciste, et les cœurs morts dans des corps morts. Il ferma les yeux, et attendit que l’image flamboyante du doigt s’estompât sous ses paupières. L’encens masquait sans peine la légère odeur de viande brûlée, et il se délecta des parfums qu’il avait choisi de mêler. Marier les odeurs était un art, et il n’existait pas de moment inopportun pour le pratiquer.
    Il se leva, la farandole en main, et marcha jusqu’à la fenêtre sur le mur intérieur, qui donnait sur le puits de lumière. À cette heure, c’était une colonne de nuit, plus profonde que jamais. Il faillit perdre l’équilibre, désorienté, et comprit que les murs familiers étaient absents. Au-delà de la noirceur, il n’y avait que le vide. Il se campa solidement sur ses pieds, et ouvrit prudemment le battant. Face aux ténèbres, il évoqua l’odeur du thé que Verte Bruine lui avait fait humer, en le nommant un présent des dieux. Comme il dansait dans sa boîte secouée d’une main légère, le thé avait dégagé un parfum de neige, de métal, et de larmes ; à ses brins sinueux d’un brun presque fauve se mêlaient des pétales rouge sang et des feuilles d’un blanc argenté, luisantes comme des lames.
    La farandole fut arrachée à ses doigts par des ombres glaciales. Les personnages de papier se tordirent, comme terrifiés, grandirent et se troublèrent, puis la nuit les engloutit. L’exorciste referma lentement la fenêtre, résistant à l’envie de sauter tête la première dans le puits, et songea que les « dieux » qui aidaient les criminels n’avaient rien d’aimable. Transi, il entreprit de chauffer de l’eau pour son bain. Il se sentait irrémédiablement souillé.
    – Je vous frotte le dos, maître ? s’enquit Lavandin.
    Bleu Nuit sursauta, et ne sut que répondre. Son disciple tendait déjà la main vers lui pour défaire le nœud

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