Le Général de pierre - Livre I - Le Jardin

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aussi : pourquoi avait-il dû se cacher pour la prendre ? Pourquoi l’avoir volée discrètement, alors qu’il eût juré que Verte Bruine la lui eût donnée avec plaisir ? Il n’en savait rien.
    Il se rendit silencieusement dans le jardin intérieur, sans prendre de lanterne. Avec l’impression d’offrir une compensation, aussi maigre fût-elle, il planta la graine sur la tombe de Roseau Bleu. Il tassa la terre avec délicatesse, et l’arrosa d’un peu d’eau qu’il préleva à la source. Il s’agenouilla, recueilli.
    Il revint à lui, comme sortant d’un songe. Le bracelet au poignet de Rouge Cerise… ils n’avaient pas fait cela ? Ils n’avaient pas mêlé la chair et le sang au froid de la mort ? Il resta agenouillé, ses mains posées sur ses cuisses le retenant de basculer vers le sol, comme écrasé. Il rit, un petit rire étrange. Bien sûr qu’ils l’avaient fait ! Quels parents auraient toléré de ne pas avoir de petits-enfants ? Tous, tant qu’ils étaient, excellaient à effacer de leur vie un détail, un tout petit détail, une bagatelle vraiment : l’un d’entre eux était un fantôme, et le jardin n’avait pas d’existence réelle.
    Et alors, songea-t-il ? Et alors ? Qu’en dis-tu, Roseau Bleu, toi qui semblais éternel, et qui n’es plus rien ? Toi qui paraissais solide et bien ancré, et qui pourris en terre ? Crois-tu qu’un spectre, un être de désir et de vent, puisse durer plus longtemps que nous ?
    Il se reprit. Il était bien placé pour savoir qu’un fantôme n’était pas invulnérable non plus. Il était un assassin… mais la justice le laissait en paix parce qu’il ne tuait que les morts. Il espéra que sa réputation d’innocuité serait un voile suffisant pour le protéger maintenant qu’il allait tuer des vivants. Des vivants ! Des ordures… mais de chair et de sang.
    Il se releva, et s’apprêta à partir. Dans son dos, la stèle lui sembla dure, réprobatrice. Il se demanda si Roseau Bleu aurait voulu être vengé, et au surplus de cette façon-là, avec l’aide d’un spectre. Il haussa les épaules, car son disciple n’avait plus d’avis dont il dût tenir compte. Il était mort, et son opinion avec lui. Qu’il revînt donc, s’il comptait ajouter un post-scriptum à sa vie, et qu’il en profitât pour gagner le brin de sagesse qui eût fait de lui une référence.
    Pour la première fois depuis longtemps, l’exorciste prit plaisir à marcher vite, pour sentir ses manches s’élever derrière lui, comme de longues ailes bleues.
    Revenu dans sa chambre, il prit le temps de déguster une friandise fourrée de mangue fondante, d’orange et de rhum. Il s’assit à sa table de bois rouge, un rouge profond et lisse, qui lui rappelait une cerise, rendu encore plus beau par la lueur dorée de la lanterne. Quand il était caressé, le meuble dégageait une odeur douce, prenante. Bleu Nuit sortit une feuille de papier, un papier souple qui ne se froissait pas, qui

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