Le Général de pierre - Livre I - Le Jardin

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Le Général de pierre - Livre I - Le Jardin
I – Les quatre jambes du vieil homme
     
    Vieux Saule était âgé, mais il marchait encore. Il ne craignait pas le jour où ses jambes ne le soutiendraient plus, car il serait porté par son petit-fils chéri. Mais ce matin-là, même si ses genoux tremblaient, même si l’ombre de sa tête lui donnait froid au ventre tant il s’était courbé au fil des ans, ce matin-là, il marchait sans aide, traversant les rues vides. Pas traînant après pas traînant, ses jambes douloureuses le menèrent jusqu’à la propriété. Il maudit ses pieds :
    – Ne pouvez-vous devenir des bouts de bois, raides, contrariants peut-être, mais enfin libérés de la douleur ?
    Non, ils ne pouvaient pas, et peu lui importait maintenant qu’il était arrivé. Il regarda d’un air amusé les taches de bave mêlée de cacahuètes qui souillaient ses chaussures. Sa belle-fille le gronderait encore, et il aurait la joie de lui tirer la langue comme le plus contrariant des mioches, celui qui ne ferait jamais plus ce que les adultes attendaient de lui. Il ricana tout seul, avec jubilation.
    Il leva la tête, la tordit plutôt, et observa les murs du domaine : ils étaient d’un jaune pastel qui illuminait le ciel. Il s’en approcha, pour jouir de leur chaleur, de cette douceur étrange qui ne les quittait jamais, et venait à lui, se glisser dans ses chairs, comme avec soulagement. Il pensait reconnaître dans ce sentiment le bonheur d’être utile, mais il était conscient de projeter peut-être ses propres petits besoins.
    Même au cœur de l’hiver, il venait appuyer son dos contre le mur, et se réchauffait jusqu’à la moelle des os. Quand il se tenait ainsi, le temps semblait s’effacer. Il perdait deux tiers de sa taille pour se retrouver dans la rue encombrée de neige, son petit nez d’enfant rougi de froid. Ses pieds, déjà, formaient des bûches roides. En ce temps-là, ce n’était pas son dos qu’il avait appuyé contre le mur, mais sa joue, puis ses mains. Il était resté là, oublieux du vent qui paraissait négliger de souffler contre la paroi. Naïvement, il ne s’en était pas étonné, il avait simplement pensé que le grand souffle glacial le graciait. Quand sa mère était venue le chercher, et lui avait demandé ce qu’il faisait, il avait répondu :
    – J’écoute chanter les fées.
    Elle avait ri, mais il fredonnait déjà leurs mélodies légères. Leur rythme étrange l’avait intrigué jusqu’au jour où il avait vu la mer, et compris que les fées chantaient au son du ressac. Le temps avait passé, il avait pris de l’âge, mais le mur, lui, n’avait pas changé. Et, comme nul autre dans la ville n’eût songé à le faire, il venait y écouter le bruit de la mer, en plein cœur des terres. Il caressait le plâtre pastel, et ne s’étonnait plus de retrouver en lui la douceur d’un coquillage poli par le sable.
    Le mur était son plaisir, mais depuis quelque temps s’y ajoutait celui de se laisser tomber avec

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