Le crime de l'Orient-Express

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Auteur: Christie,Agatha

Le crime de l'Orient-Express
I

UN VOYAGEUR DE MARQUE SUR LE « TAURUS-EXPRESS »
     
    À cinq heures du matin, en gare d’Alep, stationnait le train désigné
sous le nom pompeux de « Taurus-Express ». Il comprenait un
wagon-restaurant, un sleeping-car et deux autres voitures.
    Devant le marchepied du sleeping-car, un jeune lieutenant français, en
uniforme élégant, couvert d’un épais manteau, conversait avec un petit homme
emmitouflé jusqu’aux oreilles et dont on n’apercevait que le bout du nez rouge
et deux fortes moustaches relevées en croc.
    Par ce
froid glacial, accompagner au train un étranger d’importance n’offrait rien
d’enviable, mais le lieutenant Dubosc s’acquittait de cette corvée avec une
bonne grâce parfaite et prodiguait au voyageur des amabilités en un langage des
plus châtiés. Le jeune officier ne savait pas au juste de quoi il s’agissait.
De vagues rumeurs avaient circulé dans la garnison. Le général – son général –
s’était montré pendant quelques jours d’humeur massacrante, jusqu’à l’arrivée
de ce Belge qui, paraît-il, avait fait tout exprès pour cette occasion – quelle
occasion !… – le voyage d’Angleterre en Syrie. Après une semaine écoulée
dans une atmosphère des plus tendues, les événements s’étaient
précipités : un officier avait démissionné, un personnage occupant des
fonctions civiles avait été rappelé par son gouvernement. Puis les visages
anxieux s’étaient rassérénés et certains règlements rigoureux s’étaient peu à
peu relâchés ; enfin, le général – le général du lieutenant Dubosc – avait
retrouvé sa bonne humeur.
    Dubosc avait surpris quelques bribes de conversation entre son chef et
l’étranger.
    — Mon cher, disait le vieux général d’une voix émue, vous avez
éclairci une affaire pénible et évité de graves complications ! Comment
vous remercier de votre empressement à répondre à mon appel ?
    À quoi l’étranger (M. Hercule Poirot, pour l’appeler par son nom) avait
fait une réponse adéquate où entrait cette phrase :
    — Je ne saurais oublier, mon général, qu’un jour vous m’avez sauvé
la vie.
    Le général, ne voulant pas être en reste de cordialité avec son
interlocuteur, avait désavoué le mérite de ce lointain service. Après de
nouvelles phrases imprécises où revenaient à tour de rôle les mots
« France, Belgique, gloire, honneur » et autres vocables de la même
famille, ils s’étaient donné l’accolade et s’étaient séparés.
    En ce qui concernait le fond même de l’histoire, le lieutenant Dubosc
demeurait dans une ignorance complète. La mission lui était échue d’accompagner
M. Poirot au train et il s’en acquittait avec tout le zèle et le tact d’un
jeune officier digne de la brillante carrière qui s’ouvrait devant lui.
    — C’est aujourd’hui dimanche, dit le lieutenant Dubosc. Demain
soir, lundi, vous arriverez à Stamboul.
    Ce n’était pas la première fois

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