Le colporteur et la mort

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Auteur: Sedley,Kate

Le colporteur et la mort
CHAPITRE PREMIER
    En cet an de grâce 1522, je suis un vieil homme. J’ai vécu sous
le règne de cinq rois ; six rois, si l’on compte le jeune Édouard. À ma
connaissance, je suis âgé de soixante-dix ans, un âge qui, selon la Bible, est
la durée du séjour terrestre de l’homme et, quand mon heure viendra, je ne
serai pas affligé de partir. Les choses ne sont plus ce qu’elles étaient, comme
je ne cesse de le dire à mes enfants et petits-enfants. Et, j’y pense tout à
coup, comme me le disait ma mère.
    « Les choses ne sont plus ce qu’elles étaient lorsque
j’étais enfant », répétait-elle en maniant vigoureusement son balai,
envoyant voltiger par la porte poussière et fétus de paille, comme si elle
s’efforçait de balayer avec eux les façons d’être et de penser modernes.
    Je me rappelle cette petite maison de Wells [1] avec autant de précision que si je
l’habitais hier encore. En revanche, mon père a pour moi l’apparence d’une
ombre, ce qui n’est en rien surprenant puisqu’il mourut lorsque j’avais à peine
quatre ans. Tailleur de pierre de son état, il était, d’après ma mère, très
estimé. Une chose est sûre : lorsqu’il décéda après avoir chu d’un
échafaudage alors qu’il travaillait à la voûte de la cathédrale,
l’évêque – j’ai oublié son nom mais il était le prédécesseur de Robert
Stillington – paya de ses deniers une petite pension à ma mère. Je pense
sincèrement que ce fut l’origine de toutes ses idées : du fait qu’elle
voulut que j’eusse une instruction et que je fusse capable de lire et d’écrire.
Ce pour quoi elle me fit entrer comme novice chez les bénédictins de Glastonbury [2] .
    Pauvre femme, elle n’a jamais pu comprendre que je n’étais
pas taillé pour la vie monastique. J’aimais le grand air. J’aimais être mon
propre maître. Et je n’avais absolument pas l’oreille musicienne. Quand je
chantais l’office, ma voix discordante rendait fous les autres novices et ce
n’était là qu’une des nombreuses raisons pour lesquelles ils furent heureux de
me voir prendre la porte. Mon excellente santé, demeurée telle jusqu’à ces
dernières années, en était une autre. La plupart des moines et novices
passaient une bonne partie de leur temps à l’infirmerie, surtout en hiver,
alors que je ne me souviens pas y avoir séjourné une seule fois pendant mes
années à Glastonbury. Et j’ai toujours eu d’excellentes dents qui ne m’ont
jamais causé ni rages ni maux. J’en ai perdu deux, forcément, et quelques
autres me tracassent quand le vent souffle de l’est, mais peut-on espérer mieux
à soixante-dix ans ?
    La vraie raison pour laquelle je quittai l’abbaye et pris la
route, après la mort de ma mère, était beaucoup plus fondamentale que le
ressentiment que j’inspirais à mes frères bénédictins. Elle se situait entre
Dieu et moi ; et l’abbé, qui était un homme sage et tolérant, le comprit.
Ce

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