Le carrosse aux deux lézards verts

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Auteur: René Boylesve
Chapitre  1
Une espèce de dissertation littéraire sur la meilleure manière de traiter le sujet.
    M es lecteurs, j’aimerais mieux bavarder avec vous sans faire d’embarras, que de vous laisser tomber, comme la manne, du haut des cieux, un récit qui n’aura peut-être aucun goût, mais se donnera des airs d’avoir été composé par un être sans âge, sans sexe, insoumis aux lois de la pesanteur et de la vie, et écrivant à la façon de Moïse, sous la dictée de l’Éternel.
    Car enfin, si un auteur ne cause pas tout simplement, c’est bien cette attitude surhumaine qu’il se donne. Je sais qu’il y a encore aujourd’hui nombre de gens à qui il ne répugne pas de se laisser duper par une autorité prétendue   ; mais comment se fait-il que les mêmes soient acharnés, lorsqu’ils ont lu un livre, à obtenir mille renseignements sur la personne de l’écrivain   ? Ce n’est pas la peine que celui-ci se soit fait passer pour un grand-prêtre, un initié, un inspiré, si tout aussitôt il doit vous communiquer son état civil, sa photographie, le menu de son repas, l’aveu de sa fleur préférée. Jeu cruel, qui consiste à se faire d’un homme, durant une heure ou deux, l’image d’une espèce de demi-dieu, et puis à le rabaisser soudain, voire à se délecter de ses petitesses   !
    La vérité est qu’il y a des hommes très grands qui sont plus simples que le premier venu. Les pensées profondes, la haute sagesse, les riches constructions de l’imagination sont l’apanage de bonshommes qui ressemblent à tout le monde, et vivent comme vous et moi. Méfiez-vous de ceux qui donnent à leur vie une tournure extravagante   : ce sont probablement des farceurs, de creux comédiens avides de leurrer l’âme crédule, et qui se dégonflent un beau matin, comme des ballons remplis de vent. Souvenez-vous que Corneille portait de fort mauvaises chaussures, que Racine fut bourgeoisement le père d’une nombreuse famille, et Stendhal un petit consul ennuyé, à Civita-Vecchia.
    Nous n’écrivons pas dans les nuages. Un ange n’est point apparu pour me dire   : « Prends ta plume et écris aux amateurs éclairés qui, depuis vingt-cinq ans, supportent la lecture de tes livres dénués d’intrigues et finissant mal. »
    Non. Voici comment les choses se sont passées.
    Je réfléchissais à un sujet de conte, choisi parmi ceux qui se rapportent le plus possible au temps présent, – on ne croit guère qu’aux aventures du temps présent, je ne sais pas pourquoi, – lorsqu’on vint m’annoncer la visite d’un jeune homme tout à fait moderne. Il venait me confesser qu’ayant jusqu’ici ignoré mes ouvrages, sous prétexte qu’il me tenait pour un Monsieur « arrivé », – il paraît qu’il est tout à fait superflu de connaître les auteurs qui se sont fait une réputation, – il avait été poussé à les lire par le mal extrême que l’on en disait, et, comme il était loyal, il désirait m’avouer que

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