Le Bal Des Maudits - T 1

Lire ebook Le Bal Des Maudits - T 1
Auteur: Irwin Shaw

Le Bal Des Maudits - T 1
ne chantait pas ; il l’observait seulement, d’un regard troublé et compréhensif.
    Les voix étaient de plus en plus fortes, pleines de menaces, et chantaient à présent le refrain liminaire de la chanson du Horst Wessel. Les hommes se tenaient droits, les yeux étincelants, fiers et dangereux, et les femmes chantaient comme des choristes d’opéra devant un dieu de carton-pâte. Seuls, Margaret et le jeune homme hâlé aux yeux pailletés d’or étaient encore silencieux lorsque le dernier Marschieren mit uns in ihrem Geiste mit résonna à travers la pièce.
    Margaret se mit à pleurer, silencieusement, faiblement, se haïssant pour cette marque de faiblesse, emprisonnée par le bras rigide de Frédérick. Les cloches de toutes les églises du village commencèrent à sonner en longues volées joyeuses, dont les collines se renvoyèrent les échos.
    Rouge betterave à présent, la sueur ruisselant sur son crâne chauve, les yeux luisants comme ils avaient dû luire, en 1915, lorsqu’il était arrivé sur le Front de l’Ouest, le vieux Langerman leva son verre.
    –  Au Führer, dit-il, d’une voix grave, presque mystique.
    –  Au Führer !
    Les verres étincelèrent dans la lueur des flammes, les bouches burent, impatientes et sanctifiées.
    –  Bonne et heureuse année ! Bonne et heureuse année ! Dieu vous bénisse cette année !
    Leur accès de patriotisme forcené était terminé.
    Les invités rirent et échangèrent des poignées de main, et des accolades, et des claques sur les épaules, heureux, intimes, pacifiques.
    Frédérick força Margaret à se tourner vers lui et tenta de l’embrasser, mais elle esquiva son baiser. Ses larmes se transformèrent en sanglots, elle se dégagea, courut vers l’escalier, monta à sa chambre, au premier étage.
    –  Ces Américaines ! entendit-elle Frédérick s’exclamer. Et elles prétendent qu’elles savent boire !
    Progressivement, ses larmes s’arrêtèrent. Se sentant faible et ridicule, elle fit mine de ne pas les voir, se brossa méthodiquement les dents, releva ses cheveux pour la nuit, baigna d’eau fraîche ses yeux rouges et gonflés, afin d’être aussi vivante et jolie que possible, demain matin, lorsque Joseph arriverait.
    Elle se dévêtit dans la pièce propre aux murs blanchis à la chaux, ornée, au-dessus du lit, d’un Christ pensif de bois brun. Elle éteignit la lumière et s’engouffra dans le grand lit, tandis que le vent et le clair de lune se ruaient à l’intérieur de la chambre. Elle frissonna au contact des draps glacés, mais ne tarda pas à se réchauffer, sous l’épais édredon de plumes. Les draps avaient cette odeur de linge fraîchement lavé qu’elle sentait toujours, étant enfant, dans la maison de sa grand-mère, et les rideaux amidonnés murmuraient contre le cadre de la fenêtre. À présent, l’accordéoniste jouait, au rez-de-chaussée, des chansons tristes qui parlaient d’amour, d’automne et de départ, poignantes

Lire des autres livres

L'homme qui rit
Le vieillard, peut−être un peu sourd en même temps que très pensif, continua: Pas assez d'étoiles, et trop de vent. Le vent quitte toujours sa route pour se jeter sur la côte. Il s'y jette à pic. Cela tient à ce que la terre est plus chaude que la mer. L'air en est plus léger. Le vent froid et lourd... Puis...
par Collectif
Moi je ne suis pas dans un canapé merdique, avec une vie merdique, en train de regarder des films de merde pour oublier mon boulot pourri, moi un boulot j’en ai pas, j’ai pas non plus de canapé, pas de télé, d’appart, de mec, je n’ai rien, je ne suis pas comme tous ces connards, j’ai une voiture vol... Puis...
Quel poète nous dira les douleurs de l’enfant dont les lèvres sucent un sein amer, et dont les sourires sont réprimés par le feu dévorant d’un œil sévère ? La fiction qui représenterait ces pauvres cœurs opprimés par les êtres placés autour d’eux pour favoriser les développements de leur sensibilité... Puis...
LE CABOCHON D’ÉMERAUDE
La princesse Olga sourit au groupe de ses amies qui, ce soir-là, fumaient et devisaient autour d’elle, dans son salon, et elle leur dit : – Mon Dieu, oui, je le connais. – Vous connaissez Arsène Lupin ? – Parfaitement ! – Est-ce possible ? – J’ai connu tout au moins, précisa-t-elle, quelqu’un qu... Puis...
Seal of Honor
All characters and events portrayed in this novel are fictitious or used fictitiously. All rights reserved, including the right to reproduce this book, or portions thereof, in any form. Sugar and Spice Press North Carolina, USAwww.sugarnspicepress.com  . Chapter One “Good Morning, Commander. Your us... Puis...