Le Bal Des Maudits - T 1

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Auteur: Irwin Shaw

Le Bal Des Maudits - T 1
pièce fut devenue bruyante et chaude, que le troisième bol de punch eut été apporté et que les visages des invités eurent perdu cet air timide et simple de santé sans histoires des gens habitués à vivre au grand air, elle apprit à Frédérick à danser la rumba. Les autres les entourèrent, regardèrent et, lorsqu’ils eurent fini, applaudirent. Puis le vieux Lingerman insista pour qu’elle danse avec lui. C’était un vieillard obèse et trapu, au crâne rose, et il transpirait abondamment, tandis qu’au milieu des éc lats de rire de l’assistance elle tentait de lui expliquer, dans son laborieux allemand, les mystères de la syncope et des rythmes subtils venus des Caraïbes.
    –  Bon Dieu ! s’écria le vieillard lorsque la danse fut finie, j’ai gâché ma vie dans ces collines.
    Margaret éclata de rire, se pencha vers lui et l’embrassa. Rassemblés en cercle, autour d’eux, sur la piste cirée, les invités applaudirent à tout rompre. Frédérick sourit, s’avança vers elle et tendit les bras.
    –  Encore à moi, professeur, dit-il.
    Ils remirent le disque en route et firent boire à Margaret une autre tasse de punch avant de leur permettre de commencer. Frédérick était maladroit et lourd, mais il était agréable de danser avec autour de soi ses bras puissants et sûrs.
    La chanson se termina et, à présent lesté de dix ou douze verres de punch, l’accordéoniste reprit son instrument. Il chanta en jouant et, un par un, les autres se joignirent à lui, debout dans la lueur dansante du feu, les sons pleins de l’accordéon dominant leurs voix sonores et montant crescendo vers les poutres saillantes de la salle commune. Margaret se tenait au milieu d’eux, le bras de Frédérick autour de sa taille, chantant doucement, presque pour elle-même, et pensant : « Comme ces gens sont aimables, et chaleureux, et enfantins, et bons avec les étrangers, si ardents à chanter la nouvelle année, et comme leurs voix, habituées aux échos de l’extérieur, savent tendrement se plier aux douces nécessités de la musique. »
    –  Roslein, Roslein, Roslein rot, Roslein auf der Heide, chantaient-ils.
    La voix du vieux Langerman dominait le chœur, semblable au mugissement d’un taureau et ridiculement plaintive, et Margaret chantait avec eux, en regardant leurs visages animés. Un seul parmi eux demeurait immobile.
    Christian Diestl était un grand jeune homme svelte, au visage solennel et grave, aux cheveux coupés en brosse, à la peau brûlée par le soleil, aux yeux clairs et presque dorés, avec ces paillettes jaunes qu’on trouve dans les yeux des animaux. Margaret l’avait vu, sur les pentes, enseigner aux débutants l’art de faire du ski et avait envié, un instant, la souple aisance avec laquelle il se déplaçait sur la neige. Il se tenait à l’écart des chanteurs, un verre à la main, sa chemise ouverte brillant sur sa peau sombre, observant les chanteurs d’un œil perplexe et lointain.
    Son

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