L'art délicat du deuil

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L'art délicat du deuil
I
    Le juge
Ti donne une audience matinale ; il est confronté à un mal mystérieux.
     
    On n’avait
pas prévenu le juge Ti, lorsqu’il avait revêtu pour la première fois l’habit
vert des magistrats et prêté serment de fidélité à l’Empereur, qu’il
s’engageait non seulement à servir le Fils du Ciel, mais aussi le peuple de
l’empire jusqu’aux couches les plus humbles. Ce malentendu se confirma une
nouvelle fois quand résonna le tambour de demande d’audience, alors que le
soleil venait à peine de se lever et que lui-même n’avait pas fini sa collation
matinale. Les plaignants avaient dû attendre impatiemment les premiers rayons
du jour devant la porte du yamen pour pénétrer dans la cour d’honneur sitôt
qu’on leur avait ouvert. Il était d’usage, en dehors des jours de réception
prévus par le calendrier officiel, que les administrés fassent vibrer une peau
de buffle tendue à cet effet à l’entrée du tribunal, de manière à prévenir Son
Excellence qu’on réclamait une séance extraordinaire. Encore fallait-il qu’un
motif impérieux justifie un tel tapage. Faute de quoi, le mandarin était en
droit de punir les quémandeurs. Tandis qu’il posait sur ses cheveux noués le
bonnet noir emblématique de ses fonctions, Ti se dit qu’il aurait plaisir à
faire connaître aux importuns ce qu’il en coûtait de le déranger pour des
futilités.
    En dépit
de l’heure, le groupe habituel des curieux et autres désœuvrés en mal de ragots
se pressait déjà à l’intérieur. Le juge, revêtu de l’habit vert cérémoniel,
prit place derrière la table de justice recouverte d’un tapis rouge, vérifia
que tous les petits objets dont il avait besoin étaient bien alignés et frappa
trois coups de son marteau en bois pour signifier qu’il était prêt. Le
plaignant, un marchand de thé de la classe moyenne, s’agenouilla devant
l’estrade et entama son récit. Était-ce parce qu’il n’était pas bien réveillé,
Ti eut du mal à suivre les rouages de l’affaire, que l’intéressé se plaisait à
présenter par tous les bouts en même temps. Si les fonctionnaires étaient
choisis parmi les lettrés auxquels de longues études classiques avaient appris
à conduire un récit en toute clarté, il n’en était pas de même des
justiciables, qui ignoraient jusqu’au mot même de rhétorique. Les termes
« mauvais œil » et « fantôme impitoyable » tirèrent
néanmoins le juge de sa torpeur. Il pria son interlocuteur de reprendre son
histoire depuis le début sans plus sauter du coq à l’âne.
    — Ainsi
donc, noble juge, dit le marchand de thé, l’humble vermisseau qui se tient
devant vous s’est installé dans cette ville voici un mois, afin d’y développer
son commerce de thé, métier honorable qui le nourrit ainsi que sa famille
depuis plus de vingt ans. Dans ce but, j’ai fait choix d’une maison située dans
le quartier des commerces d’alimentation, qui par chance était

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