L’Agent secret

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Auteur: Joseph Conrad

L’Agent secret
CHAPITRE PREMIER
    Quand il s’absentait le matin, M. Verloc laissait la boutique aux soins de son beau-frère, ce qui n’offrait pas d’inconvénients, car les affaires, en tous moments assez calmes, étaient relativement nulles jusque vers le soir. M. Verloc s’inquiétait peu, d’ailleurs, de cette partie ostensible de ses occupations… En outre, sa femme était là pour surveiller son beau-frère.
    L’étroite boutique occupait le peu de largeur de la maison, une hideuse maison de brique comme il en existait beaucoup avant que l’on eût commencé à reconstruire les vieux quartiers de Londres, et cette sorte de boîte carrée avait une façade divisée en petits panneaux vitrés. Pendant le jour, la porte restait fermée   ; le soir elle s’entrouvrait discrètement.
    Derrière le vitrage, s’étalaient des photographies de danseuses plus ou moins déshabillées   ; des paquets indéfinissables, emballés comme des spécialités médicales   ; des enveloppes en papier jaune très mince, cachetées et étiquetées 2 shillings et 6 pence en larges chiffres noirs. Accrochées à une corde, comme pour sécher, pendaient quelques publications comiques françaises de dates reculées. Il y avait aussi une grande tasse de porcelaine bleu foncé, une cassette en bois noirâtre, des fioles d’encre à marquer et des timbres en caoutchouc   ; des livres au titre suggestif   ; de vieux numéros de journaux inconnus, mal imprimés, aux dénominations ronflantes   : la Torche, le Gong. Et les deux becs de gaz, soit par économie, soit pour le gré de la clientèle, étaient toujours baissés.
    Cette clientèle se composait tantôt de tout jeunes gens qui hésitaient un moment devant la montre avant de se faufiler brusquement à l’intérieur   ; tantôt d’hommes d’un âge plus mûr et d’aspect plutôt minable. Ceux-ci portaient généralement le col de leur pardessus relevé jusqu’à la moustache, le feutre rabattu sur les yeux   ; des traces de boue maculaient le bas de leur pantalon, vêtement de camelote élimé par un trop long usage et recouvrant des jambes qui ne paraissaient pas valoir mieux. Les mains enfoncées dans les poches, ils entraient de biais, l’épaule la première, comme s’ils avaient espéré, par cette tactique, empêcher la sonnette de se mettre en branle   ; mais bien qu’irrémédiablement fêlée, cette sonnette suspendue à un ressort en spirale ne manquait jamais, à la moindre provocation, de retentir derrière le dos du client avec une impudente malignité.
    À ce signal, du fond de l’arrière-boutique, M. Verloc arrivait à pas pesants   ; franchissant une crasseuse porte vitrée, située derrière le comptoir de bois peint, il se présentait, les yeux lourds, avec la mine d’un homme qui a passé la journée couché, tout habillé, sur un lit défait. Tout autre à sa place aurait pris soin de corriger un peu sa mise et sa physionomie, dans le commerce de détail, une bonne part du

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