L’Abbé Jules

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Auteur: Octave Mirbeau
I
     
    Hormis les jours où mon père avait pratiqué une opération difficile, un accouchement important, et qu’il en expliquait, à table, par des termes techniques, souvent latins, les plus émouvantes phases, mes parents ne se parlaient presque jamais. Non qu’ils se boudassent   ; ils s’aimaient beaucoup au contraire, s’entendaient, en toutes choses, le mieux du monde, et l’on ne pouvait rencontrer un ménage plus uni   ; mais, habitués à penser la même pensée, à vivre les mêmes impressions, et n’étant point romanesques de leur nature, ils n’avaient rien à se dire. Ils n’avaient rien à me dire non plus, me trouvant ou trop grand pour m’amuser à des chansons, ou trop petit pour m’ennuyer à des questions sérieuses. Et puis, ils étaient très imprégnés de cette idée qu’un enfant bien élevé ne doit ouvrir la bouche que pour manger, réciter ses leçons, faire sa prière. S’il m’arrivait quelquefois de m’insurger contre ce système de pédagogie familiale, mon père, sévèrement, m’imposait silence par cet argument définitif   :
    – Eh bien   ! qu’est-ce que c’est   ?… Et les trappistes, est-ce qu’ils parlent, eux   ?
    À part cela, s’ils n’étaient pas toujours gais et affectueux comme je l’eusse souhaité, ils me chérissaient du mieux qu’ils pouvaient.
    Pour qu’ils se crussent autorisés à desserrer les lèvres, il fallait, en dehors des aventures professionnelles et du train-train de la vie, des occasions considérables, telles qu’un déplacement de fonctionnaire, un chevreuil tué à l’affût, dans les bois de M. de Blandé, la mort d’un voisin, la nouvelle imprévue d’un mariage. Les grossesses probables des clientes riches servaient aussi de thèmes à de brefs entretiens qui se résumaient de la sorte   :
    – Pourvu que je ne me trompe pas   ! disait mon père… pourvu qu’elle soit vraiment enceinte   !
    – Ah   ! ce sera un bel accouchement   !… affirmait ma mère… quatre par mois, comme celui-là, je n’en demande pas plus… nous pourrions nous acheter un piano.
    Et mon père faisait claquer sa langue.
    – Quatre par mois   !… Fichtre   !… Tu es trop gourmande, aussi, mignonne   !… Et puis, je suis toujours inquiet avec cette sacrée femme-là… Elle a le bassin si étroit   !
    Sans savoir d’une façon précise quelle partie mystérieuse du corps désignait ce mot   : bassin, j’avais fini, dès l’âge de neuf ans, par connaître exactement le jaugeage et les facultés puerpérales des bassins de toutes les femmes de Viantais. Ce qui n’empêchait nullement mon père, après ces constatations scientifiques, après des énumérations d’utérus, de placentas, de cordons ombilicaux, de m’assurer que les enfants naissaient sous des choux. Je n’ignorais rien non plus de ce qui constitue un cancer, une tumeur, un phlegmon   ; mon esprit délaissé s’était peu à peu empli de l’horrible image des plaies qu’on

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