L'abandon de la mésange

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L'abandon de la mésange
PROLOGUE
ÉTÉ 1956
     
     
    Blanche, comme tous les matins, avait bu un
café bien chaud avec Clovis. Tous les matins aussi, elle était sa femme, son
amoureuse, et ils prenaient le temps de se dire du regard leur bonheur. Puis
Blanche enfilait son tablier de mère et allait réveiller les enfants, Élise et
Micheline. Ce matin-là, Clovis la bouscula un peu, trop heureux d’aller
conduire à la campagne leur citadine d’aînée, âgée de seize ans. Il souhaitait
qu’elle y apprenne la touffeur de la terre, le parfum des fleurs sauvages, et
qu’elle y respire l’odeur forte du bétail sans se pincer le nez. Le seul animal
avec lequel Élise avait été en contact jusque-là, hormis les chiens, les chats,
les oiseaux et les lapins de Pâques, était le cheval du laitier, qui, chaque
matin, mâchouillait immanquablement la haie des voisins. En découvrant la
campagne, Élise comprendrait peut-être le bonheur qu’avaient eu ses parents,
près de vingt ans auparavant, à fouler les terres sauvages d’Abitibi pour les
apprivoiser. Des terres hors du temps, à prendre, à faire boire et à gratter, à
labourer et à débarrasser de leurs parasites. L’idée de ces vacances avait tant
excité Élise que lui et Blanche avaient presque craint qu’elle n’eût davantage
envie de quitter le giron familial pour quelques semaines que de se mettre les
mains dans la terre.
    Blanche et Micheline les accompagnèrent
jusqu’à l’arrêt d’autobus de Park Avenue et, depuis le trottoir, les
escortèrent lorsqu’ils se dirigèrent vers l’arrière du véhicule en ne cessant
de faire au revoir de la main. Le conducteur ferma la porte et l’autobus se
remit en marche pendant que le père et la fille saluaient la mère et la sœur
parla fenêtre. Élise se retourna pour les regarder disparaître. La jupe verte
de Micheline et la robe bleu pâle de coton égyptien , comme le précisait
sa mère, s’estompèrent rapidement. Élise regarda donc défiler les arbres du
mont Royal, en muselant l’inquiétude qu’elle ressentait à l’idée de quitter sa
famille – sauf sa sœur, qui leur imposait une détestable crise
d’adolescence qu’elle ne pouvait plus supporter – et l’angoisse qui la
torturait à la pensée d’habiter chez des étrangers.
    Clovis et Élise se rendirent à la gare
Centrale du Canadian National Railway, que tout le monde appelait les Chemins
de fer nationaux, et tous les employés saluèrent son père, qui avait un bon mot
pour chacun même s’il leur était supérieur dans la hiérarchie.
    – Alors, l’héritier ?
    – Une héritière…
    – Belle comme sa mère, j’espère…
    Élise ne savait cacher son malaise. Son père
la présentait à tous, aux porteurs comme aux préposés à la consigne, aux red
caps comme à ce jeune homme, pas tellement plus âgé qu’elle, qui était
assis au guichet informations, appelé par tout le monde « la lumière
verte », et dont la casquette trop grande ne tenait en

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