La rose de Raby

Lire ebook La rose de Raby
Auteur: C.L. Grace

La rose de Raby
prise.
    Où était-ce, déjà? Au nord du village d'Azincourt, où le roi Henri avait remporté sa grande victoire. La femme s'enfuyait avec un fardeau ou un fagot sur l'épaule, et elle traversa en trébuchant la clairière où Atworth se reposait avec ses compagnons. Il l'avait violée, et ses hommes aussi, avant de l'abandonner, misérable paquet de chair ensanglantée, marquée à jamais dans son esprit, son corps et son âme.
    —
    O Jésus, miserere !
    Atworth implorait la miséricorde dont il avait désespérément besoin et que pourtant il ne méritait pas. Avec ses hommes, il avait été maudit pour ce viol.
    Une vieille vivant dans la forêt, entendant les hurlements de la fille, était arrivée en hâte voir ce qu'il en était. Elle s'était tenue au bord de la clairière, ses cheveux gris répandus sur ses épaules, son vieux visage tendu dans une expression de dégoût et de fureur. Même alors, Atworth avait admiré son courage. Pointant en l'air un doigt noueux, elle s'était avancée comme un prophète d'antan. D'abord elle s'était exprimée en un patois que personne n'avait compris, et puis, fait assez étonnant, elle était passée à l'anglais.
    —
    Soyez maudits ! avait-elle glapi. Soyez maudits quand vous mangez et buvez, soyez maudits de jour et de nuit, à pied ou à cheval, couchés ou debout ! Maudits soyez-vous à l'aube et au cœur de la nuit. Par ma mort, soyez maudits !
    Atworth ferma les yeux. Il se rappelait la scène comme si elle s'était produite une heure plus tôt seulement. Tirant son épée, il l'avait plongée dans le ventre de la vieille, la transperçant comme un lapin ou un porc. Après, les soldats l'avaient suspendue par les pieds à la branche d'un orme, et tous en cercle ils s'étaient moqués de son corps strié de veines, décharné, qui se balançait tel un animal à l'étal d'un boucher. Après avoir rassemblé leur butin et sellé leurs chevaux, ils avaient laissé ce cadavre ensanglanté sans un regard en arrière. Comment Atworth avait-il été décrit par un de ses soldats ?
    « Un monstre ne craignant ni Dieu ni les hommes. » Eh bien, la vieille femme avait vu juste. Dès lors, tout était allé de travers. Deux jours plus tard, ils étaient tombés dans une embuscade tendue par des mercenaires allemands, des Lorrains, qui avaient tué six des hommes d'Atworth et s'étaient approprié le gros de leur butin.
    Atworth ouvrit les yeux; la douleur avait cédé. Quelqu'un viendrait peut-être le secourir. Il se tendit, guettant un bruit; la lumière qui filtrait sous la porte était moins vive, maintenant. Personne ne viendrait! Atworth reprit ses vagues rêveries. Tous ceux de sa troupe, sans exception, étaient morts de mort violente, tués entre les haies et les fossés du nord de la France. Ils avaient été pris dans la grande débâcle qui avait englouti les forces anglaises, quand les armées françaises, sous la conduite de cette étrange pucelle d'Orléans, Jeanne d'Arc, avaient bouté

Lire des autres livres

La retraite sentimentale
par Colette
Où sont nos journées oisives de l’automne finissant, et les siestes sans paroles, contre le mur tiède, assises à même la terre friable, la terre que protège l’auvent de tuiles de l’espalier et qui s’effrite, poudreuse et blanche, presque jamais mouillée ! Une abeille que sa mémoire égarait, cherchai... Puis...
Le Puisatier des abîmes
Jeudi 22 février J’ai froid. Un vieux fond d’hiver se rappelle à moi et me gerce le cœur. Ça ne m’étonne pas ! Le bonheur m’a toujours rendu frileux : un flocon de neige sur le dos de la main. Si je pouvais seulement croire à cette prodigalité de la vie, cela m’aiderait. J’émerge d’un rêve qui me se... Puis...
Cette procédure tout à fait exceptionnelle était susceptible d'intéresser les étudiants en droit, puis, surtout, l'événement prenait la forme d'un affrontement entre les libéraux et les conservateurs, en pleine élection fédérale. Comme la majorité d'entre eux se passionnaient pour la politique, ils... Puis...
Bien qu’il se place déjà sous la protection des forces intelligentes, l’homme n’a pas oublié les luttes qu’avait dû soutenir l’aïeul contre les forces brutales d’un univers qui le repoussait. Ce souvenir s’inscrit dans les sculptures qui montraient, sur le fronton du Parthénon de Pisistrate, Zeus lu... Puis...
Le Médianoche amoureux
L’un s’appelait Plouhinec, l’autre Pouldreuzic. Leurs habitants ne manquaient pas une occasion de s’affronter. Les gens de Plouhinec, par exemple, jouaient du biniou comme nulle part ailleurs en pays breton. C’était une raison suffisante pour que ceux de Pouldreuzic ign... Puis...