La profondeur des tombes

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La profondeur des tombes
 
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    Je perçois les grognements et je sais d’où et de qui ils
proviennent. À l’opposé, la blancheur semble reculer, et curieusement, cela ne
m’effraie pas. Peut-être parce que je la sens encore à ma portée, sûr qu’elle
ne s’éteindra pas d’elle-même.
    Mes jambes se traînent. Bientôt, la luminescence sera mangée
par le noir de ma route. Une imperceptible incurvation sur la droite, suivie
d’un virage souligné dans la roche. Je connais ce trajet par cœur.
    La veine de prospection 12b. Cela ne veut rien dire. Je me
suis soustrait à la vie. Les grognements s’amplifient, auxquels une voix
humaine se mêle, à présent. Et elle aussi, je l’identifie sans le moindre mal.
    Je m’enfonce dans l’obscurité du long boyau. Le prochain
fanal est suspendu à trois cents mètres de là, juste au-dessus de ceux qui
m’attendent. Au sortir de la courbe, je ralentis le pas, et je les vois tous
les deux nimbés du jaune pisseux de la lanterne butoir. Derrière eux, le
cul-de-sac termine le piteux périple.
    L’oiseau Pennbaker vient se fracasser contre la roche
dure ; le grand V m’a oublié. La comédie âpre de la réalité reprend peu à
peu ses droits. Où pouvais-je aller, sinon à la rencontre d’un hippopotame
flanqué de Humphrey, l’escorteur ?
    Je déglutis pour tromper ma soif. Humphrey, teint cireux
rehaussé par le jaune du fanal, me hurle :
    « Pennbaker ! cette montagne de graisse ne veut
plus bouger ! »
    Humphrey se trompe. L’hippo ne ressemble plus à rien, et
sûrement pas à ce qu’il était à son entrée dans la mine.
    Deux cents kilos à peine, le corps efflanqué, l’œil vitreux,
la gueule ouverte sur la poussière des tunnels, cet animal n’a visiblement plus
qu’une envie, celle de mourir. Parce qu’il n’a jamais compris ce qu’il était
venu faire ici.
    Humphrey, je l’ai toujours vu là. Chaque mineur, d’ailleurs,
dispose d’une anecdote à son sujet. Certains jurent de l’avoir surpris
plusieurs fois en train de courir complètement nu dans les veines de
dégagement, un piolet à la main ; d’autres, plus sobres, disent qu’il
hante les conduits nuit et jour, escorté du flaireur. Et si Humphrey a toujours
réfuté l’authenticité de ses prétendues courses queue au vent chargé des galeries,
il n’a jamais démenti ses promenades accompagnées.
    Coiffé d’un béret noir de crasse, revêtu d’un sarrau tout
aussi sale, la cinquantaine déjà usée, il arpente les veines de prospection à
sa manière de vieux vacher consciencieux, loin du tumulte des conduits
exploitables, traînant en bout de laisse son flaireur du moment. Le lamentable
équipage est ainsi connu de tous pour son ridicule et l’immense pitié qu’il
inspire. Humphrey suivi d’un loup, d’un okapi ou d’un cochon ; Humphrey
tête haute, éprouvant toutes les peines du monde à aiguillonner un crocodile
pour que ce dernier daigne le suivre – ses jambes lardées de cicatrices
portent encore la

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