La maison de chair

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La maison de chair
 
CHAPITRE PREMIER
    Le vieil homme entra dans mon bureau et ferma la porte.
    Il portait une veste fripée et un nœud papillon de couleur verte. Dans ses mains couvertes de taches hépatiques, il tenait un panama auquel le soleil de Californie avait donné la couleur d’un rôti calciné. Un côté de son visage était encore tout hérissé de poils de barbe ― ce qui me fit supposer qu’il ne se rasait plus très bien.
    En s’excusant presque, il fit :
    — C’est ma maison. Elle respire.
    — Asseyez-vous, dis-je en souriant.
    Il s’assit sur le bord de la chaise en plastique et se passa la langue sur les lèvres. Il avait un air doux et soucieux qui vous faisait souhaiter avoir un grand-père tel que lui. C’était vraiment le genre de vieux bonhomme avec qui j’aurais aimé jouer aux échecs par un bel après-midi d’automne, confortablement installé sur une terrasse dominant la plage.
    — Vous n’êtes pas obligé de me croire, jeune homme. Mais je vous ai déjà téléphoné pour vous dire la même chose.
    Je jetai un coup d’œil à ma liste de rendez-vous.
    — Mais bien sûr. Vous avez téléphoné la semaine dernière, n’est-ce pas ?
    — Et la semaine précédente.
    — Et vous avez dit à la téléphoniste que votre maison était...
    Je m’arrêtai et le regardai. Lui aussi me regarda. Il ne termina pas la phrase à ma place. Je suppose qu’il voulait me l’entendre dire, à moi aussi. Je lui adressai un petit sourire de bureaucrate.
    Il continua, de sa voix douce et éraillée :
    — J’ai quitté le vieil appartement de ma sœur, là-bas sur la colline, pour cette maison. J’ai vendu quelques actions et je l’ai payée comptant. Elle était assez bon marché et j’avais toujours eu envie d’habiter dans les environs de Mission Street. Mais maintenant, eh bien...
    Il baissa les yeux et se mit à jouer avec les bords de son chapeau.
    Je pris un stylo à bille.
    — Pourriez-vous me donner votre nom ?
    — Seymour Wallis. Ingénieur en retraite. Ponts et chaussées.
    — Votre adresse ?
    — 1551, Pilarcitos Street.
    — Très bien. Et votre problème est donc le bruit ?
    Il releva les yeux. Ses yeux avaient la couleur d’un bleuet fané conservé entre les pages d’un livre.
    — Non, pas le bruit, fit-il doucement. La respiration.
    Je m’appuyai contre le dossier de mon fauteuil tournant en simili cuir et je me mis à me tapoter les dents avec mon stylo à bille. J’étais plutôt habitué aux plaintes fantaisistes dans mon boulot au département d’hygiène publique. Nous avions entre autres une bonne femme qui venait régulièrement raconter que des dizaines d’alligators jetés par les gosses dans les toilettes vers les années soixante avaient échoué dans les égouts en dessous de son appartement, au croisement de Howard et de la 4 e Rue, et qu’ils essayaient de remonter par les tuyauteries pour venir la manger. Il y avait aussi un jeune drogué qui croyait que son chauffe-eau

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