La chute de John Stone

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Auteur: Iain Pears

La chute de John Stone
Paris, mars 1953
    L’église Saint-Germain-des-Prés, au début de ce qui était censé être le printemps, était un endroit déprimant, dont la tristesse était aggravée par celle d’une ville toujours en état de choc, sans parler du cercueil placé en face de l’autel – le motif de ma présence en ce lieu – ni des vives douleurs ressenties au moment où je m’agenouillai.
    Elle était morte une semaine avant mon arrivée. Je ne me doutais même pas qu’elle pût être toujours de ce monde. Elle devait avoir bien plus de quatre-vingts ans, et les difficultés des dernières années avaient affaibli beaucoup de personnes plus jeunes. Cela ne l’aurait guère impressionnée, mais une sorte de prière sincère se forma dans mon esprit, juste avant que je me rasseye péniblement sur le banc. Si la vieillesse jouit de rares compensations, le manque de dignité dû au malaise permanent et à l’effort pour cacher les souffrances incessantes n’en fait sûrement pas partie.
    Jusqu’au moment où j’avais lu le faire-part dans Le Figaro de ce matin-là, le séjour avait été très agréable. Je faisais un voyage d’adieu, les puissances qui président à ma destinée ayant, durant ma dernière visite à nos bureaux de change avant mon départ à la retraite, raclé les fonds de tiroirs et ramassé assez de monnaie étrangère pour me permettre de voyager. Rares étaient ceux qui pouvaient s’offrir ce luxe à présent, tant que les restrictions concernant le change n’étaient pas levées. C’était une petite marque de respect, que j’appréciais.
    Bien que je ne sois pas expert en la matière, il me semble que ce fut un assez bel office religieux. Les prêtres ne pressèrent pas l’allure, le chœur chanta joliment, on récita des prières, puis la messe fut dite. Un bref panégyrique rendit hommage aux efforts désintéressés et à l’inlassable dévouement de la défunte en faveur des malheureux, mais sans faire la moindre allusion à sa biographie. L’assemblée se composait surtout d’enfants proprets au regard vif, que leurs maîtres souffletaient dès qu’ils s’avisaient de faire le moindre bruit intempestif. Je jetai un coup d’œil à l’entour pour voir qui allait se charger de la prochaine étape, mais personne ne paraissait savoir en quoi elle consistait. Finalement, l’ordonnateur des pompes funèbres prit le relais. Le corps, expliqua-t-il, serait enterré l’après-midi au Père-Lachaise, à quatorze heures, au numéro 15 du chemin du Dragon. Tous étaient les bienvenus. Ensuite, les porteurs soulevèrent le cercueil et se dirigèrent vers la sortie, laissant les assistants désemparés et frigorifiés.
    « Veuillez m’excuser, mais seriez-vous monsieur Braddock ? Matthew Braddock ? »
    Soigneusement vêtu, un brassard noir autour du bras, un jeune homme me parlait d’une voix calme. Je hochai la tête et il me tendit la main. « Je m’appelle Whitely, poursuivit-il, Harold Whitely, de

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