La barriere Santaroga

Lire ebook La barriere Santaroga
Auteur: Herbert,Frank

La barriere Santaroga
Monsieur. »
    Le serveur se dirigea vers le bar.
    Dasein continua d’observer les joueurs de carte en se
demandant pourquoi ils attiraient ainsi son attention. Marden, qu’il voyait de
trois-quarts dos était en civil ; costume bleu nuit. Ses cheveux, une
étonnante touffe rousse. Il tourna la tête vers la droite et Dasein aperçut un
visage étroit, une bouche aux lèvres serrées, tirées vers le bas en un rictus
cynique.
    Scheler, de la station-service indépendante (et Dasein se
demanda soudain ce que pouvait recouvrir ce terme) avait le teint basané :
un visage anguleux d’Indien, au nez plat, aux lèvres épaisses. Nis, en face de
lui était blond, légèrement dégarni ; des yeux bleus sous d’épais
sourcils, une bouche large, le menton creusé d’une fossette profonde.
    — Votre menu, Monsieur.
    Le serveur avait déposé une large chemise rouge devant
Dasein.
    — Le Dr Piaget et ses amis ont l’air d’apprécier leur
partie, dit Dasein.
    — Cette partie de carte est une institution. Monsieur.
Toutes les semaines, à peu près à cette heure-ci, réguliers comme l’horloge :
le dîner, et la partie.
    — À quoi jouent-ils ?
    — Cela dépend. Monsieur. Parfois le bridge, parfois le
pinocle [1] .
À l’occasion le whist et même le poker.
    — Que voulez-vous dire en parlant de station-service indépendante ? interrogea Daniel. Il leva les yeux vers le sombre visage de Maure.
    — Voyez-vous, Monsieur, nous, ici dans la vallée nous
ne traitons pas avec ces compagnies qui fixent elles-mêmes leurs prix. M. Sam,
il achète au plus offrant, quel qu’il soit. On paie le litre un cent moins
cher ici.
    Dasein se promit mentalement de fouiller plus avant cet
aspect de la Barrière Santaroga. Cela collait avec le tableau, de ne pas s’approvisionner
auprès des grosses compagnies. Mais d’où provenaient leurs produits pétroliers ?
    — Le roastbeef est excellent. Monsieur, indiqua le
garçon.
    — Vous me le recommandez, hein ?
    — Effectivement, Monsieur. Engraissé au maïs, ici même
dans la vallée. Nous avons également des épis de maïs frais, des pommes de terre
au Jaspé – c’est avec une sauce au fromage, très bonne, et pour dessert,
des fraises de serre.
    — Et comme salade ?
    — Nos laitues ne sont pas excellentes cette semaine,
Monsieur. Je vous apporte le potage. C’est au bortch à la crème aigre. Et je
vous recommande la bière, pour l’accompagner. Je vais voir si je peux vous en
trouver de notre production locale.
    — Avec vous, pas besoin de menu, remarqua Dasein. Il
restitua la chemise rouge. « Apportez-moi tout ça avant que je ne me mette
à dévorer la nappe. »
    — Oui, Monsieur !
    Dasein observa le noir tandis qu’il se retirait – veste
blanche, large, confiant. Tout à fait Othello.
    Il revint avec une soupière fumante au milieu de laquelle
flottait une île de crème aigre, et une chope emplie d’une bière sombre, ambrée.
    — J’ai remarqué que

Lire des autres livres

Return to Mystic Lake
For the past three days they’d been chasing down people they couldn’t find. Jeff Maynard either had skipped town or was holed up with somebody they didn’t know about. According to his boss at Bledsoe’s, Jeff had called and asked for a few days off due to a bad case of the flu. Jackson suspected he... Puis...
par Collectif
Surtout quand il s’agit des œuvres de Stanislas Gourniev, un artiste essentiellement connu pour son – mauvais – goût de la provocation. J’ai tergiversé. Dois-je aller au vernissage de son expo « Corps en liesse » ? Il faut faire le calcul, et la réponse dépend tout simplemen... Puis...
La cérémonie des Obsèques étant terminée, la même flottille qui était arrivée formant sur les eaux du lac une pompe mélancolique et solennelle, se prépara à repartir bannières déployées et avec toutes les démonstrations de la joie et de la gaîté ; car on n’avait pas de temps à perdre pour céléb... Puis...
Shadow of the wind
'People talk too much. Humans aren't descended from monkeys. They come from parrots.' 'And what did people say?' 'Don't you feel like a little glass of rum? It's Cuban, like all the good stuff that kills you.' 'No thanks, but I'll keep you company. In the meantime, you can tell me .. .' Antoni Fortu... Puis...
Confessions d'un linceul
Bande-annonce Barberio se sentait bien, malgré la balle. Sûr, ça lui faisait mal quand il inspirait trop fort, et sa blessure à la cuisse n’était pas très jolie à voir, mais ce netait pas la première fois qu’on le flanquait au trou et qu’il s’en sortait avec le sourire. Au moins il était libre ; c’é... Puis...