La barriere Santaroga

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Auteur: Herbert,Frank

La barriere Santaroga
ce fut la brusque intrusion d’une note discordante :
des étages supérieurs parvinrent les voix rauques d’un couple en train de se
disputer : celle de l’homme était brusque, celle de la femme stridente et
sifflante.
    « Je ne resterai pas dans ce trou paumé une nuit de plus »
hurlait la femme. « Ils ne veulent pas de notre argent ! Ils ne
veulent pas de nous ! Fais ce que tu voudras ; moi, je pars. »
    « — Belle, arrête tout de suite ! Tu as… »
    Une fenêtre claqua. La querelle devint un marmonnement
assourdi.
    Dasein poussa un gros soupir. Cette dispute lui remit les
idées en place : encore deux personnes à se casser le nez contre la
Barrière Santaroga.
    Dasein parcourut l’allée, escalada les quatre marches du
porche et franchit les portes battantes aux vitres gravées de volutes. Il se
trouvait dans un hall haut de plafond, éclairé par des lustres de cristal. La
salle était enserrée entre des boiseries sombres dont le grain épais évoquait ces
anciennes cartes marines. La courbe d’un comptoir s’étirait dans le coin de
droite ; derrière, une porte ouverte laissait entendre le bruit d’un
standard téléphonique. Sur la droite du comptoir une large ouverture lui révéla
une salle à manger – nappes blanches, cristaux, argenterie. Une diligence
de western était installée sur sa gauche, entre des potelets de cuivre
supportant une grosse corde de velours brun, avec un panneau « Ne pas
toucher ».
    Dasein s’arrêta pour examiner la diligence. Elle sentait la poussière
et le moisi. Sur la malle, une plaque encadrée racontait son histoire : « En
service sur la ligne San Francisco-Santaroga de 1868 à 1871. » En dessous,
un sous-verre, légèrement plus grand, protégeait une feuille de papier jauni.
La légende de cuivre sur le cadre expliquait : « Note de Black Bart,
Bandit du Grand chemin n°8. » Dasein lut le manuscrit jauni à l’écriture
informe :
    « Je suis resté transi les deux mains dans les poches
    Sous la pluie le vent et l’orage
    Et j’ai risqué ma vie pour ce satané coche
    Qui valait mêm’ pas le voyage. »
    Dasein étouffa un rire, passa la mallette sous son bras
gauche, se dirigea vers le comptoir et pressa la sonnette.
    Un bonhomme sec, chauve et ridé, vêtu d’un costume noir
apparut sur le seuil, scruta Dasein comme un faucon prêt à fondre sur sa proie.
    — Oui ?
    — Je voudrais une chambre, dit Dasein.
    — Qu’est-ce que vous faites dans la vie ?
    Dasein se raidit devant ce brusque défi :
    — Je suis fatigué, répondit-il, j’ai envie d’une bonne
nuit de sommeil.
    — Vous êtes de passage, j’espère, grommela l’homme. Il
se traîna jusqu’au comptoir, et poussa un registre noir vers Dasein.
    Dasein prit le stylo attaché au registre et signa.
    L’employé produisit une clé de laiton munie d’une plaque du
même métal et dit :
    — Vous avez la deux cent cinquante et un, à côté de ce
foutu couple de Los Angeles.

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