La barriere Santaroga

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Auteur: Herbert,Frank

La barriere Santaroga
chemise et se mit à écrire : « Arrivée :
Vallée de Santaroga à 18 h 45 environ. À première vue :
communauté agricole prospère… »
    Puis il écarta serviette et chemise.
    Une communauté agricole prospère, songea-t-il. Comment
pouvait-il savoir qu’elle était prospère ? Non – la prospérité, il ne
l’avait pas vue ; il l’avait apprise par les rapports.
    La vallée réelle qui s’étendait maintenant sous ses yeux lui
donnait une impression d’attente, de quiétude ponctuée épisodiquement par le
tintement de cloches de vaches. Il s’imagina les hommes et les femmes de retour
après leur journée de travail : De quoi discutaient-ils en ce moment dans
l’obscurité patiente ?
    De quoi pouvait discuter Jenny Sorge avec son mari – à
supposer qu’elle eût un mari ? Il paraissait impossible qu’elle fût encore
célibataire, l’adorable et nubile Jenny. Voici plus d’un an qu’ils ne s’étaient
vus, à l’Université.
    Dasein soupira. Ne pas se laisser distraire par Jenny –
pas ici à Santaroga. Jenny contenait une partie du mystère de Santaroga. Elle
était un élément de la Barrière Santaroga, un sujet privilégié pour sa présente
enquête.
    Dasein soupira derechef. Il n’était pas dupe. Il savait fort
bien pourquoi il avait accepté ce projet. Pas à cause des sommes munificentes
payées à l’université par ces chaînes de magasins pour financer l’étude. Pas à
cause du généreux salaire dont on le gratifiait.
    Il était venu parce que c’était ici que vivait Jenny.
    Dasein se dit qu’il sourirait et se comporterait de manière
normale, parfaitement normale, lorsqu’il la rencontrerait. Il était ici
pour affaires, en tant que psychologue détaché de son poste usuel d’enseignant
pour effectuer une étude de marché dans la Vallée Santaroga.
    Oui mais, quel était le comportement parfaitement normal,
vis-à-vis de Jenny ? Quel était le critère de normalité lorsqu’on était
confronté au paranormal ?
    Jenny était une Santarogane – et la normalité de cette
vallée défiait les explications normales.
    Son esprit revint aux rapports, aux « faits établis ».
Tous les classeurs emplis de données, toutes les recommandations officielles,
tous ces secrets de seconde main qui sont le fondement de la bureaucratie, tout
ceci pouvait se résumer en un « fait établi » unique sur Santaroga :
Quelque chose d’extraordinaire était à l’œuvre ici, une chose considérablement
plus troublante que tout ce qu’avaient pu jusqu’alors traiter ces prétendues
études de marché.
    Meyer Davidson, ce petit homme doux au teint rose qui s’était
présenté comme le mandataire de la société d’investissement, le holding qui
derrière la chaîne de magasins finançait le projet, avait résumé la situation
en quelques termes irrités lors de la première réunion préparatoire : « Toute
l’affaire Santaroga se ramène à ceci : pourquoi avons-nous été

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