Kirinyaga: une utopie africaine

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Auteur: Resnick, Mike

Kirinyaga: une utopie africaine
prendre dans ses bras, mais il me tendit simplement sa main, serra la mienne, marmonna un dernier adieu, puis tourna les talons et partit.
    Je pensais qu’il irait directement à sa voiture, mais en regardant par un hublot du vaisseau qui devait nous emmener sur Kirinyaga, je le vis debout derrière une immense baie vitrée, saluant d’une main, tenant de l’autre un mouchoir.
    Ce fut la dernière chose que je vis avant le décollage. Mais l’image que je gardais dans ma tête était celle des deux chacals, face aux étrangetés d’une terre qui leur était elle-même devenue étrangère. J’espérais qu’ils s’adapteraient à leur nouvelle vie dans la réserve qu’on avait artificiellement créée pour eux.
    Quelque chose me disait que je le saurais bientôt.

1
    Kirinyaga
    août 2129

    Au commencement, Ngai vivait seul au sommet de la montagne appelée Kirinyaga. Le temps venu, Il créa trois fils, qui devinrent les pères des races masaï, kamba et kikuyu, et à chaque fils II proposa une lance, un arc et une houe. Le Masaï choisit la lance, et Ngai lui demanda de garder les troupeaux dans la vaste savane. Le Kamba choisit l’arc, et Ngai l’envoya chasser le gibier dans les forêts épaisses. Quant à Gikuyu, le premier Kikuyu, qui savait que Ngai aimait la terre et les saisons, il choisit la houe. En récompense, non seulement Ngai lui enseigna les secrets du semis et de la récolte, mais encore II lui donna Kirinyaga, avec son figuier sacré et ses terres fertiles.
    Les fils et les filles de Gikuyu restèrent sur Kirinyaga jusqu’à l’arrivée de l’homme blanc qui leur prit leurs terres, et même lorsque celui-ci eut été banni, ils ne revinrent pas, mais choisirent de rester dans les villes, à porter des vêtements occidentaux, à utiliser des machines occidentales et à mener des vies occidentales. Même moi, qui suis mundumugu, je suis né à la ville. Je n’ai jamais vu le lion, l’éléphant ou le rhinocéros, car tous avaient disparu avant ma naissance; je n’ai pas vu non plus Kirinyaga comme Ngai a voulu qu’on la voie, car une ville trépidante et surpeuplée de trois millions d’habitants recouvre ses flancs, s’approchant chaque année davantage du trône de Ngai au sommet. Même les Kikuyus ont oublié son vrai nom et ne la connaissent plus que sous celui du mont Kenya.
    Être chassé du Paradis, comme l’ont été les Adam et Eve des chrétiens, est un sort terrible, mais vivre auprès d’un Paradis avili est infiniment pire. Je pense souvent à eux, les descendants de Gikuyu qui ont oublié leurs origines et leurs traditions et ne sont plus désormais que des Kenyans, et je me demande pourquoi ils ne sont pas plus nombreux à nous avoir rejoints lorsque nous avons créé le monde utopique de Kirinyaga.
    C’est vrai, la vie n’y est pas facile, car Ngai ne l’a jamais voulue ainsi; mais elle y est satisfaisante. Nous vivons en harmonie avec notre environnement, nous offrons des sacrifices à Ngai

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