Dombey et Fils - Tome II

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Auteur: Charles Dickens

Dombey et Fils - Tome II
CHAPITRE PREMIER.

Un petit échantillon de l’administration du gérant Carker.
    M. Carker, le gérant, est assis à son bureau   ; c’est toujours le même homme calme et doucereux   ; il est occupé à lire des lettres, dont lui seul a le droit de briser le cachet. De temps en temps, il les annote ou y ajoute des renvois suivant les affaires dont elles traitent   ; puis il en fait de petits paquets pour les distribuer dans les bureaux, chacune à sa destination. Ce jour-là, le courrier avait été abondant, et M. Carker avait de la besogne.
    À voir cet homme ainsi occupé, à le voir tantôt regarder attentivement une liasse de papiers qu’il tenait à la main, ranger les feuilles autour de lui en petits tas, reprendre une autre liasse, en examiner le contenu en fronçant le sourcil et en pinçant les lèvres   ; à le voir classer, trier, méditer tour à tour, on eût pu le prendre aisément pour un joueur de cartes. Ressemblance bizarre à laquelle prêtait singulièrement la mine de M. Carker   ! N’était-ce pas l’air réfléchi d’un homme qui étudie son jeu, qui se rend compte du côté fort et du côté faible, qui classe dans sa mémoire chacune des cartes qui passent sous ses yeux, qui connaît exactement leur valeur relative, qui devine le jeu de l’adversaire et ne trahit jamais le sien   ?
    Quoique les lettres fussent écrites en différentes langues, M. Carker les lisait toutes. S’il n’avait pas été capable de lire tout dans la maison Dombey et fils, c’est qu’il aurait manqué une carte dans le jeu. D’un coup d’œil, il embrassait presque tout, formait des combinaisons, pressentait une affaire, et, à chaque tas, il ajoutait quelque nouvelle combinaison   ; on eût dit un homme qui reconnaît les cartes à première vue, et qui, lorsqu’elles sont retournées, calcule dans son esprit tous les coups possibles. Éclairé par les rayons du soleil qui, frappant le châssis vitré, tombaient obliquement sur lui, M. Carker, partenaire un peu trop profond, adversaire beaucoup trop habile, jouait donc son jeu tout seul.
    Quoiqu’on ne puisse pas dire précisément qu’il entre dans les instincts sauvages ou domestiques du chat de jouer aux cartes, M. Carker jouait pourtant, lui, et, certes, il tenait du chat des pieds à la tête, (à le voir se réchauffer aux rayons brillants du soleil d’été, qui faisait de la table et du plancher comme un cadran solaire dont il était le chiffre unique. Ses cheveux et ses favoris, dont la couleur n’est jamais bien tranchée, semblent d’une teinte moins franche encore à la lumière éclatante du soleil   ; ne dirait-on pas la fourrure d’un chat gris cendré   ? voyez-vous ses grands ongles propres et effilés   ; voyez-vous comme il a peur de se salir   ; comme il s’arrête dans son travail pour guetter les atomes de poussière qui vont tomber sur lui   ; comme il souffle délicatement sur sa main douce et blanche, sur son linge fin et lustré

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