crash !

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Auteur: J.G. Ballard

crash !
Préface
     
     
    Les romans rassemblés dans la présente édition – Crash !,
L’île de béton et I.G.H. – forment moins une trilogie qu’un
triptyque, à la façon d’une œuvre de Francis Bacon, « dernier grand
peintre » selon James Graham Ballard. Chaque récit peut être apprécié pour
ce qu’il montre, mais le sens n’apparaît que dans une vision synchronique, un
ensemble où les éléments se complètent pour générer une Imago Mundi, l’image
d’un réel qui est le nôtre, puisqu’il n’y a pas d’œil innocent. Complice de
l’écrivain, le lecteur suit la bande d’asphalte, chemin de rédemption qui
compte trois stations.
    Il serait vain – et pire, ridicule – d’affirmer
que Crash ! est un chef-d’œuvre. Cela relève du jugement vrai mais
vide, au même titre que « l’automobile est faite pour rouler ». Une
réduction simpliste qui marque l’arrêt, là où il est question de transports,
routiers et amoureux. Crash ! est avant tout une merveilleuse
histoire sentimentale, sans destination puisque l’objet affectif importe peu.
De même, il ne s’agit pas d’un récit sur le désir puisqu’il n’y a aucune
attente dans la jouissance, tout est donné ici et maintenant. Tout, à
l’exception de l’identité des protagonistes qui se voit sans cesse remodelée,
au fil des événements. Ainsi le narrateur est prénommé « James » au
chapitre 5, « Ballard » au chapitre 7, de façon détournée puisque le
texte mentionne son épouse. Ce qui oblige le lecteur à une reconstitution,
comme on reproduit un accident ou rassemble les éléments épars d’un cadavre. À
l’inverse, d’autres personnages sont immédiatement adéquats à l’intention du
romancier : Helen, qui réécrit la mort de son mari dans chaque orgasme
automobile, se nomme Remington comme une célèbre machine à écrire, et la
femme pompiste pratique des fellations. Cette accointance entre l’être et la
fonction se double d’une complémentarité entre la chair et la machine : le
freinage conduit à l’éjaculation ; la prothèse devient érotique ;
calandre, glissière, chromes ou vinyle s’immiscent dans le vocabulaire
amoureux. Comme le fait remarquer Baudrillard dans Simulacres et
simulation : « Ici, tous les termes érotiques sont techniques.
Pas de cul, de queue, de con, mais : l’anus, le rectum, la vulve, la
verge, le coït. » Rien d’étonnant chez Ballard qui inscrit la
science-fiction dans le présent. Crash ! entérine un réel où
n’importe quel quidam s’amuse à dire : « Vise comme elle est
carrossée, mate ses pare-chocs. »
    Cette adhésion au quotidien passe toutefois par la reprise
artistique. Dans un entretien avec Catherine Bresson enregistré en 1982, Ballard
chez lui, le romancier avouait sa dette envers Limbo de Bernard
Wolfe, et plus encore Jean Genet : « J’ai aimé Notre-Dame des
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