Barnabé Rudge - Tome I

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Auteur: Charles Dickens

Barnabé Rudge - Tome I
à notre meilleur lit… pourquoi ? parce que Mlle Haredale est allée à un bal masqué à Londres, et qu'il met la joie de son cœur à la voir. Ce n'est pas moi qui ferais ça, toute belle qu'elle est. Mais moi, je ne suis pas amoureux, ou ce serait donc sans le savoir ; et ça fait une fière différence.
    – Il est donc amoureux, dit l'étranger ?
    – Un peu, répliqua Joseph : il pourrait bien l'être moins, mais il ne peut pas l'être plus.
    – Silence, monsieur ! cria le père.
    – Quel luron vous faites, Joseph ! dit le long Parkes.
    – Peut-on voir un garçon plus inconsidéré ! murmura Tom Cobb.
    – Se lancer comme ça ! tordre et arracher le nez de son propre père ! exclama le sacristain par forme de métaphore.
    – Qu'est-ce que j'ai donc fait ? répliqua le pauvre Joe.
    – Silence, monsieur ! repartit son père ; pourquoi vous avisez-vous de parler, quand vous voyez des gens qui ont deux ou trois fois votre âge rester tranquillement assis sans souffler mot ?
    – Eh bien alors, n'est-ce pas justement le bon moment de parler ? dit Joe d’un air mutin.
    – Le bon moment, monsieur ! riposta son père, le bon moment ! il n'y a pas de bon moment !
    – Ah ! certainement, marmotta Parkes en penchant gravement la tête vers les deux autres, qui penchèrent leur tête par réciproque, et qui murmurèrent tout bas que l'observation était d'une grande justesse.
    – Oui, monsieur, le bon moment, c'est le moment de se taire, répéta John Willet, quand j'étais à votre âge, jamais je ne parlais, je n'avais jamais la démangeaison de parler, j'écoutais pour m'instruire… Voilà ce que je faisais, moi.
    – Et voilà ce qui fait que vous avez dans votre père un rude jouteur pour le raisonnement, Joe, dit Parkes, si tant est que personne se frotte à raisonner avec lui.
    – Quant à cela, Philippe, observa M. Willet en soufflant d'un coin de sa bouche un nuage de fumée long, mince et sinueux, et en le regardant d'un air abstrait flotter et disparaître, quant à cela, Philippe, le raisonnement est un don de la nature. Si la nature doue un homme des puissances du raisonnement, un homme a le droit de s'en faire honneur, il n'a pas le droit de s'en tenir à une fausse modestie et de nier qu'il ait reçu ce don-là : car c'est tourner le dos à la nature, c'est se moquer d'elle, c’est mésestimer ses plus précieux cadeaux, c’est se ravaler jusqu'au pourceau, qui ne mérite pas qu'elle jette ses perles devant lui. »
    L'aubergiste ayant fait une longue pause, M. Parkes en conclut naturellement que le discours était terminé aussi, se tournant avec un air austère vers le jeune homme, il s'écria :
    « Vous entendez, ce que dit votre père, Joe ? Vous n'aimeriez pas trop à vous frotter à lui pour le raisonnement, n'est-ce pas ?
    – Si…, dit John Willet en reportant ses yeux du plafond au visage de son interrupteur, et en articulant le monosyllabe comme avec des majuscules, pour

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