Aventures de Monsieur Pickwick - Tome II

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Auteur: Charles Dickens
M. Winkle permit silencieusement à Sam de l'exécuter.
    « Levez-le, » dit M. Pickwick.
    Sam aida M. Winkle à se relever.
    M. Pickwick s'éloigna de quelques pas, et ayant fait signe à son jeune ami de s'approcher, fixa sur lui un regard pénétrant et prononça d'un ton peu élevé, mais distinct et emphatique, ces paroles remarquables :
    « Vous êtes un imposteur, monsieur.
    – Un quoi ? demanda M. Winkle en tressaillant.
    – Un imposteur, monsieur. Et je parlerai plus clairement si vous le désirez : un blagueur, monsieur. »
    Ayant laissé tomber ces mots d'une lèvre dédaigneuse, le philosophe tourna lentement sur ses talons, et rejoignit la société.
    Pendant que M. Pickwick exprimait l'opinion ci-dessus rapportée, Sam et le gros joufflu avaient réuni leurs efforts pour établir une glissade, et s'exerçaient d'une manière très-brillante. Sam, en particulier, exécutait cette admirable et romantique figure que l'on appelle vulgairement
cogner à la porte du savetier
, et qui consiste à glisser sur un pied, tandis que de l'autre on frappe de temps en temps la glace d'un coup redoublé.
    La glissade était longue et luisante, et comme M. Pickwick se sentait à moitié gelé d'être resté si longtemps tranquille, il y avait dans ce mouvement quelque chose qui semblait l'attirer.
    « Voilà un joli exercice, et qui doit bien réchauffer, n'est-ce pas ? dit-il à M. Wardle.
    – Oui, ma foi ! répondit celui-ci, qui était tout essoufflé d'avoir converti ses jambes en une paire de compas infatigable pour tracer sur la glace mille figures géométriques. Glissez-vous ?
    – Je glissais autrefois, quand j'étais enfant ; sur les ruisseaux.
    – Essayez maintenant.
    – Oh ! oui, monsieur Pickwick, s'il vous plaît ! s'écrièrent toutes les dames.
    – Je serais enchanté de vous procurer quelque amusement, repartit le philosophe, mais il y a plus de trente ans que je n'ai glissé !
    – Bah ! bah ! enfantillage, reprit M. Wardle, en ôtant ses patins avec l'impétuosité qui le caractérisait. Allons ! je vous tiendrai compagnie ; venez ! »
    Et en effet le joyeux vieillard s'élança sur la glissade avec une rapidité digne de Sam Weller, et qui enfonçait complètement le gros joufflu.
    M. Pickwick le contempla un instant d'un air réfléchi, ôta ses gants, les mit dans son chapeau, prit son élan deux ou trois fois sans pouvoir partir, et à la fin, après avoir couru sur la glace la longueur d'une centaine de pas, se lança sur la glissade et la parcourut lentement et gravement, avec ses jambes écartées de deux ou trois pieds. L'air retentissait au loin des applaudissements des spectateurs.
    « Il ne faut pas laisser à la marmite le temps de se refroidir, monsieur, » cria Sam ; et le vieux Wardle s'élança de nouveau sur la glissade, suivi de M. Pickwick, puis de Sam, puis de M. Winkle, et puis de M. Bob Sawyer, puis du gros joufflu, et enfin de M. Snodgrass ; chacun glissant sur

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