Amaïdée

Lire ebook Amaïdée
Partie 1
    U n soir, le poète Somegod était assis à sa porte, sur la pierre qu’il avait roulée près du seuil. Le soleil, comme un guerrier antique dont on verrait briller l’armure d’or à travers sa tente, le soleil lançait plus d’un oblique rayon de son pavillon de carmin avant de se coucher dans l’Océan semé d’îles, ce magnifique lit de repos que Dieu fit pour lui d’un élément, et étendit au bout du ciel comme une gigantesque peau de tigre à l’usage de ses flancs lassés. Les laboureurs dételaient aux portes des fermes ; de jeunes hommes, bruns et beaux comme des Actéons, poussaient les chevaux aux abreuvoirs. Les campagnes, couvertes de blés jaunissants et de haies fleuries, tiédissaient des dernières lueurs, et des derniers murmures de chaque buisson lointain, de chaque bleuâtre colline, montait un chant d’oiseau ou de voix humaine dont le vent apportait et mêlait les débris avec la fleur des châtaigniers et la feuille roussie et détachée du chêne. La vie de l’homme redoublait ainsi la vie profonde du paysage. Au pied de la falaise, où la Nature. avait creusé un havre pour les vaisseaux en détresse, les pêcheurs traînaient leur barque sur la grève, le dos tourné à l’Occident splendide qu’ils n’interrogeaient pas pour le lendemain. La dernière voile, blondie par le soleil couchant, que l’on eût pu suivre à l’horizon, venait de disparaître, comme un cap enfin surmonté, derrière une vague luisante et indéfinie, et la mer rêveuse restait là, le sein sans soupir et tout nud, comme une femme qui a détaché sa ceinture et rejeté son bouquet pour dormir.
    Quelques mouettes s’abritaient au toit de la maison du poète Somegod, bâtie sur la pente de la falaise. Pauvre maison, dont le ciment tenait à peine et le toit pendait à moitié, maison qui n’était qu’un abri au poète comme à la mouette sauvage. « Aux hommes mortels – disait Somegod – et aux oiseaux qui passent, faut-il donc plus que des abris ? » Le toit fragile branlait aux aspérités du roc éternel : ainsi l’espérance en l’âme immortelle, cette frêle richesse des justes, a parfois pour base la vertu. Hélas ! si fragile qu’il fût, bien des générations de mouettes y remplaceraient celles qui, lasses du vol et de la mer, y venaient sécher leurs ailes trempées, et cette chose rare et grande, et qui dure peu, un Poète, aurait bien après Somegod le temps d’y revenir !
    Une vigne, que l’air marin avait frappée d’aridité, tordue aux contours de la porte de Somegod, semblait une de ces couronnes que l’on appendait au seuil des Temples anciens et qui s’y était flétrie, comme un don méprisé par les Dieux. Somegod était assis au pied. L’âpre souffle qui s’élevait de l’Océan avec les vapeurs des brisants agitait ses noirs cheveux sur son front, en même temps si doux et si farouche, comme la double nature de tous ces faons blessés et qui fuient emportant le roseau

Lire des autres livres

Désert
LE CLÉZIO   DÉSERT             Saguiet el Hamra, hiver 1909-1910   Ils sont apparus, comme dans un rêve, au sommet de la dune, à demi caché par la brume de sable que leurs pieds soulevaient lentement ils sont descendus dans la vallée, en suivant la piste presq... Puis...
L'Église de Satan
En avant, courageuses recrues de l’armée chrétienne ! Que l’universel cri de douleur de la sainte Église vous entraîne ! Qu’un zèle pieux vous enflamme pour venger une si grande offense faite à votre Dieu ! » PIERRE DES VAUX-DE-CERNAY, Historia albigensis. Senhors, esta canso es faita d’aital guia C... Puis...
L’œil admire les plus beaux sites du monde, sous un ciel de l’Orient. L’oreille s’emplit d’harmonies paradisiaques. Le nez aspire des parfums enivrants, distillés par des milliards de fleurs. Les lèvres se parfument d’un ail chargé de la saveur des fruits les plus délicieux.Enfin toute l’heureuse fa... Puis...
Pierrot obéit et les rangea soigneusement dans leur étui. Il voyait encore à peu près à cinq mètres devant lui, mais la sortie du tonneau et les chaises des spectateurs se perdaient dans le brouillard. — Alors, tu comprends, reprit Tortose - monsieur Tortose -, tu les prends quand elles arrivent au... Puis...
Le clan de l'ours des cavernes
protesta-t-elle. J'espère aussi que tu trouverais quelqu'un d'autre à aimer. Si un malheur devait te frapper, une parcelle de moi, ou de mon esprit, disparaîtrait avec toi parce que je t'aime. Mais je continuerais à vivre. Et une parcelle de ton esprit m'accompagnerait partout. - Je ne sais pas s'il... Puis...